Inédits

Vendredi 19 mars 2010 5 19 /03 /Mars /2010 13:23

Hypothèses et conséquences

 

 

 

 

Que restera t-il lorsque je refermerai le portail pour la dernière fois. Toutes ces années, ces visages, ces mains, ces corps, ne feront plus qu’un, spectacle unique, éphémère, absurde et grandiose.

Que retiendrai-je de tout cela à part un sentiment étourdissant de solitude et l’image de cet homme au visage meurtri par un accident de la route qui me remercia longuement avant de s’en aller, son regard, je le garde précieusement. Le portier refermera les grilles du royaume, elles demeureront closes à tout jamais.

J’emprunterai ce petit chemin caillouteux, sortirai mon trousseau de clés, la serrure grincera encore mais je n’entendrai plus sa complainte. L'endroit redeviendra ce qu’il était, un sous-sol froid et sans âme.

Les gadgets en latex trouveront leur place dans un grand sac plastique, direction la poubelle, comme le reste, réflexe informatique, clique droit, vider, c’est fait.

Décrocher la croix, démonter la structure métallique de la suspension, débrancher la chaîne hi-fi, nouer les câbles comme jadis elle le faisait sur leurs corps, symétrie gestuelle, shibari paradoxal et libérateur.

Au diable remords, regrets et autres sentiments expiatoires. J’ai fait ce que j’avais à faire, j’ai tenu mon rôle jusqu’au bout, sans faillir, droit dans mes baskets.

Restera cependant un arrière goût étrange, parfum doux amer, un air de saudade, ni triste ni gai, savoir que l’on a perdu son temps et qu’il était nécessaire de le perdre afin d’en trouver le sens.

Certains viendront sonner mais trouveront porte close, partis sans laisser d’adresse, nous serons enfin libérés de ce dédale fantasmatique, fascinant et vampirique. Maîtresse redeviendra femme et brûlera les oripeaux du culte fétichiste. Nous danserons autour de ce feu de joie, il fera chaud, nous serons nus, nous serons bien, tous les deux et nos trois chiens qui se tiendront à bonne distance des flammes.

Les annonces fleuriront dans les forums, cherche dominatrice désespérément, esclave sans collier, soumis abandonné attend le retour de sa déesse aux cheveux roux, qui me conseillera maintenant que vous n’êtes plus là ?


Maîtresse ne reviendra plus.

 

Je resterai là, devant toi, fidèle compagnon, je bredouillerai des mots sans queue ni tête et tu me toiseras de ton regard d’airain. Tu finiras pas me dire que tu en as vu d’autres, que la vie est ainsi faite, les routes se séparent un jour ou l’autre.

Je ne sais quelle part de moi je laisserai dans ce portail. Comment lui dire que j’aimais sa poignée bancale et ses ridules rouilles, le grincement de ses articulations, ce beau vert bouteille qui lui allait si bien.

Je ne lui dirai pas que je rêvais d’un nouveau portail, ouverture automatique et visiophone intégré, télécommandé, toutes options. A quoi bon lui faire de la peine. Je n’étais rien sans lui et je lui dois les pauvres galons que je porte à l’épaule. C’est lui qui délimitait les frontières de notre territoire, d’un côté la réalité, de l’autre l’univers féerique d’un royaume affranchit des contraintes séculaires. Nos visiteurs te reconnaissaient de loin, tu étais leur point de repère, le phare qui balisait leur route silencieuse et inquiète.

 

Je partirai cependant sans un regard, pas même un coup d’œil fugitif dans le rétroviseur.

 

La solitude te va si bien.

 

En attendant, je suis toujours le portier, le type à l’entrée, celui qui ne voit rien, qui ne dit rien, qui n’entend rien, ou presque. J’ouvre des portes, ça n’a l’air de rien bien sûr, encore faut-il le faire dans les règles, de l’art, car en fin de compte, la beauté se fiche de l’esthétisme, ouvrir et fermer un portail, ça, je le fais bien.

Viendra le jour où je repenserai à ces années, le constat sera simple, dénué de tout artefact, une évidence.

J’étais une ombre qui s’étirait au soleil d’été et disparaissait quand les premiers froids arrivaient.

Par IDA - Publié dans : Inédits
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Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /Mars /2010 13:15

Réflexions et autres aphorismes grinçants…5

 

 

 

 

La maîtresse lui ordonne de compter les cinquante coups de cravache…Dois-je commencer par zéro Madame ?

 

Ma fonction de portier est ingrate, je n’ai même pas une belle livrée comme dans les grands hôtels. L’habit ne fait pas le moine, reste tout de même le prestige de l’uniforme. Comme quoi les dictons ont la peau dure !

 

Je connais quantité d’hommes qui aiment se travestir, aucune femme ! Ce fantasme aurait-il un sexe ?

 

Quel est le montant de votre petit cadeau Madame ? Tu parles sans doute de mes honoraires !

 

On ne parle pas avec un portier, on le salue.

 

Les élites du SM parlent de Shibari quand saucissonnage suffit largement, en plus ça sonne davantage aux oreilles Françaises, surtout à l’heure du casse croute.

 

Certains croient à la réincarnation. La seule pensée de revoir encore une fois histoire d’O dans une vie future me plonge dans d’atroces souffrances !

 

Un dominateur ne domine rien, surtout pas sa soumise, il la supporte.

 

Au dessus de 15 centimètres, un talons aiguille devient un objet d’adoration. En dessous, on le traite par le mépris. Il en va du fétichisme comme du pénis, tout est une question de taille.

 

La soumission est une façon comme une autre de dominer son sujet.

 

 

 

 

Par IDA - Publié dans : Inédits
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Samedi 13 mars 2010 6 13 /03 /Mars /2010 09:44

Réflexions et autres aphorismes grinçants…4

 

 

 

La croix de Saint André est en forme de X principalement pour signaler qu’elle est interdite au moins de dix huit ans.

 

Je rêve de vous Maîtresse !

Quel cauchemar, répond-elle.

 

Baudrillard avait raison lorsqu’il disait :

On n’est plus dans un rapport de forces entre deux systèmes, mais dans une sorte de compétition négative à qui fera main basse le premier sur ses propres valeurs pour les liquider, c’est une course à la liquidation.

Je fais mienne cette citation et la transpose aux relations sadomasochistes dans la sphère sociale.

 

Internet a révolutionné le fétichisme. On n’embrasse plus un talon aiguille, on clique dessus. On perd en sensations ce que l’on gagne en diversité.

 

 

Un poney boy est un homme cheval. Un travesti, une femme en moins bien.

 

Le sadomasochisme intègre inconsciemment les doctrines capitalistes et marxistes. Le fouet symbolise la coercition du patronat et l’apparent égalitarisme social du fantasme l’idéal prolétarien Chinois. Aujourd’hui ces deux notions se conjuguent dans le libéralisme économique.

 

Il m’arrive de me demander, en tant que portier, de quel côté de la grille je me situe. Si je suis bien à l’intérieur et l’autre à l’extérieur, il n’en est pas moins vrai que je me trouve à l’extérieur de son territoire et lui à l’intérieur du sien. La notion de territorialité est subjective, sa pratique totalement intuitive.

 

Une poignée de main en dit plus sur une personnalité qu’une analyse chez un psychiatre. La faculté de médecine me répondra qu’un portier  ne connaît rien aux fondamentaux thérapeutiques. Evidemment, je n’ai pas de divan au portail, ce qui m’exclue définitivement du syndicat de la literie curative.

 

Un bon aphorisme s’oublie aussi vite qu’il s’écrit.

 

La perversion est le saint Graal d’un SMiste.

L’abstinence, son chemin de croix.
Par IDA - Publié dans : Inédits
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /Mars /2010 08:48

Réflexions et autres aphorismes grinçants…3

 

 

 

La domination n’est en aucun cas de la prostitution.

Une prostituée vend son corps, une dominatrice sa matière grise.

Partant de ce principe physiologique de base et il ne fait aucun doute que chacun vend une partie de lui-même, plus ou moins cher et plus ou moins bien.

 

 

Le sado masochisme est une aberration sémantique. Sadisme et masochisme sont deux pathologies mentales avérées. Dans son acceptation courante, le SM n’est rien d’autre qu’un jeu de rôles entre adultes consentants sponsorisé par Leroy Merlin.

 

La maîtresse a un soumis bondagé : Je m’absente quelques minutes, surtout ne bouge pas !

 

Lorsqu’un portier rencontre un autre portier, ils ne se parlent pas, ils comparent leur trousseau de clés.

 

 

La zoophilie est un crime contre l’animalité.

 

 

Lorsque Maîtresse a du mal à s’endormir, elle compte les soumis.

 


Un soumis ne ment jamais à sa Maîtresse. Il la flatte !

 

 

Las, un dominateur dit à sa soumise :

- Que vais-je faire de toi ?

Elle répond :

- Punissez-moi Maître , je ne vous mérite pas !

- C’est bien toi, tu ne penses qu’à t’amuser !

 

Quelle différence y a-t-il entre un fétichiste du latex est une dominatrice ?

L’un rêve de la voir enfiler sa tenue, l’autre ne pense qu’à l’enlever.

 

Le fantasme de la maîtresse d’école a ce doux parfum de craie et de tableau noir.

Par IDA - Publié dans : Inédits
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Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /Mars /2010 12:21

Je peux me garer dans le jardin ?



Une voiture qui se gare le long du grillage, un bruit de portière qui claque. Sa tonalité me renseigne sans même la voir sur la nature du véhicule. Il m’arrive quelques fois de reconnaître une personne au cliquetis particulier de son moteur.

Tous ses petits détails mécaniques ont leur importance, croyez-moi. Avec le temps, je connais tous les modèles, chacune des options, les défauts et les qualités de telle ou telle marque. Les Jeep ont un problème récurrent de fuite, les japonaises souffrent d’un trop long délai d’attente pour les pièces détachées, les 4x4 Mercedes consomment davantage que les BMW.

En règle générale, plus la voiture d’un client est chère, et plus il faut le caresser dans le sens du poil. Son engin est un signe extérieur de pouvoir, tant pis s’il contribue à ronger la couche d’ozone, il en est fier, un peu c’est tout, peu écologique mais compréhensible.

A l’inverse, lorsque leur véhicule est un misérable char à voile qui prend l’eau de toute part, mieux vaut parler de la pluie et du beau temps, des impôts, de la vie chère, bref de tout sauf de leur moyen de locomotion.

 

 

L’expérience m’a également enseigné cet instinct animal, un flair, un sixième sens, la capacité de pouvoir sentir la gène, l’angoisse, la honte ou la concupiscence qui transpire malgré eux, lors de leur première visite, par tous les pores de leur peau.

Une poignée de main, un regard, un sourire, c’est bien peu pour se faire une idée de la personnalité que j’ai en face de moi, et pourtant, les années passant, j’ai appris à connaître presque à coup sûr le fantasme qui motive leur venue et nécessitera un long entretien préparatoire.


« Montre moi ta voiture et je te dirai quel est ton fantasme ! »

Bien qu’il s’agisse là d’un raccourci volontaire, et certes bien commode, il n’en reste pas moins vrai que l’automobile, comme symbole érotique, demeure un maître étalon, un puissant auto-aphrodisiaque.

Vous pouvez apprendre bien des choses sur une personne en passant en revue son véhicule. Une foule de renseignements précieux s’y cachent, il suffit d’un peu d’expérience et d’intuition.

 

 

Tout d’abord, la plaque minéralogique, toutes celles qui ne sont pas du 84 méritent qu’on s’y attarde, et peuvent, le cas échéant, devenir un bon moyen d’engager la conversation.

« 21, c’est quel département au fait ? »

Mais à quoi bon chercher la petite bête, me direz-vous ?

Tout simplement parce que sans un soupçon de psychologie, cette rencontre, aussi courte soit-elle, peut rapidement devenir un chemin de croix, pour lui, comme pour moi.

 

 

Bien qu’ils s’en défendent tous, leur voiture leur ressemble comme deux gouttes d’eau. Flambant neuf ou vieille carne bonne pour la casse, SUV ou GTI dernier modèle, ils s’identifient tous au bout de ferraille qui les trimbale.

La technique est simple, et je l’ai affinée au fil des années. Disserter systématiquement à propos d’un véhicule qui sort du concessionnaire, encore immatriculé en ww , et vous aurez toutes les chances d’avoir un inventaire exhaustif des options que le client a choisi.

« Tiens ! vous avez changer de voiture . »

« Quelle marque ? »

« Elle est magnifique , c’est une Italienne ? »

« C’est la nouvelle caisse ? »

« La calandre a une sacrée gueule »

Flattez le mais sans trop. Gardez-vous de toute surenchère dithyrambique, elle serait prise soit pour une emphase injustifiée, soit une demande à peine déguisée d’en prendre le volant. Je n’ai que peu d’intérêt pour les voitures et leurs performances, tout juste la préoccupation que la nôtre soit en état de marche !

 

La façon dont ils se garent, me renseigne aussi sur leur capacité à communiquer avec moi. S’ils la rangent négligemment  devant le grillage, je sais qu’ils ne craignent pas d’être reconnu où qu’ils ne sont pas du coin.

Lorsqu’ils prennent soin de se garer à quelques dizaines de mètres de notre villa, je sais que la parano n’est pas loin.

 

« Comme ça, il ne verra pas ma plaque… »

« Il ne pourra regarder à l’intérieur.. »

 

A la question «  Est-ce un endroit discret ? », j’ai toujours envie de leur répondre, « Non, du tout, il y a une grande enseigne ,Fetish, qui clignote jour et nuit, sur le bord de la route ! »

Maurice, quant à lui, est philosophe.

« Si ma femme repère la voiture devant chez vous, il ne me restera plus qu’à lui expliquer ,qu’après tout, c’est à cause d’elle si je viens ici ! »

« Vous n’en avez jamais parler tous les deux ? »

«  Tu parles ! Elle ne sait même pas ce qu’est un porte-jarretelles, alors tu penses, lui dire que j’aime me féminiser !! »

Maurice me fait beaucoup rire. C’est le seul client qui demande à Ida que son secrétaire le tienne informé de l’évolution d’un match de football lorsqu’il ne peut faire autrement que de venir pendant une rencontre de l’Olympique de Marseille.

« Un à zéro ! » lui dit-elle en raccrochant le téléphone, alors qu’il est entrain d’enfiler un bas.

« Super ! tu m’aides à choisir une robe maintenant ? »

 

Dans le défilé incessant des plaques minéralogiques qui entrent et sortent du royaume, les étrangères occupent une place de choix. A ce sujet, au risque de paraître partial et définitif, je suis obligé de faire une classification, personnelle, j’en conviens. Les Anglais sont discrets, les Allemands carrés, les Suisses neutres, les Italiens extravertis , les Belges fidèles , les Américains pressés, les maghrébins, quand à eux, sont des hôtes courtois et respectueux, les ligues de tous pays n’ont qu’à s’en faire une raison !

Par IDA - Publié dans : Inédits
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Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /Mars /2010 13:48

Réflexions et autres aphorismes grinçants…2

 

 

 

Les talons aiguilles habillent si délicieusement une cheville qu’il serait dommage de penser à leur incommodité.

 

 

Une femme autoritaire ne demande jamais, elle exige, c’est pour cela qu’elle déteste se répéter, l’écho de sa voix l’ennuie.

 

 

Parler à un portail n’a rien d’étrange, certains s’allongent bien sur un divan  et soliloquent pendant une heure en fixant le plafond.

 

La psychanalyse est souvent refléxive et se contente de poser des questions sans jamais y répondre. J’ai un fantasme de soumission docteur…. Parlez-moi de vos parents, étaient-ils autoritaires ?

 

Une cravache n’est pas qu’un instrument du fantasme, il peut aussi servir de cale porte les jours de vent.

 

Dentelles et bas résilles sont les deux mamelles de l’érotisme populaire.

 

Certains pensent que les pratiques sado masochistes sont réservées à une élite, c’est vrai qu’il faut pouvoir construire une phrase, sujet verbe complément, sans se tromper.

 

Le bondage est paradoxal, plus on est ficelé, plus la sensation de liberté devient intense. Cela n’étant vrai que dans les jeux SM s’entend et pas dans les geôles Birmanes.

 

Je déteste les soirées en club, je n’ai même pas à ouvrir les portes, je m’y ennuie atrocement !

 

Je ne sors jamais sans mes clés, j’ai l’impression de me balader à poil.
Par IDA - Publié dans : Inédits
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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /Mars /2010 13:10

Réflexions et autres aphorismes grinçants…1

                  

 

 

La domination n’est pas un métier d’avenir, c’est un reliquat du passé.

 

 

Le sado masochisme est un cautère sur une jambe de cuir.

 

Un fantasme peut en cacher un autre, à quoi bon tous les déterrer.

 

Un soumis se contente d’imposer poliment un fantasme et de le subir en refusant toute transgression, de là à dire qu’il se complaît dans la norme, il n’y a qu’un pas que je franchis servilement.

 

La fessée à main nue est à la fantaisie érotique ce que le jambon beurre est à la restauration rapide.

 

Un portier ne se contente pas d’ouvrir une porte, il la referme quelques fois définitivement.

 

Fidèle serviteur, c’est un pléonasme, non ?

 

Personne ne le sait, mais BDSM est l’abréviation de « Bon d’accord, soyez malveillante ».  

 

Un gode ceinture ne débande jamais, c’est pour cette raison que la femme phallique dort toujours sur le dos.

 

Un esclave n’ouvre jamais la bouche, peut-être n’a-t-il rien d’intéressant à dire.

 

Le fétichisme est une compulsion fantasmatique, pas du tout, Dieu existerait et certains le portent en croix autour du cou. Toute apparition serait la bienvenue pour infirmer la phrase précédente !

Par IDA - Publié dans : Inédits
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Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /Mars /2010 11:03

Un CV SVP

 

 

A la question : « quelle profession exercez-vous ? » , je me retrouve invariablement dans une merde noire. Lorsque vous avez en face de vous un ahuri qui pose ce genre de question, soit pour engager la conversation, soit qu’il ait besoin d’une réponse pour je ne sais quelle raison, j’improvise à la volée.

Pourquoi ? Tout simplement parce que mon activité n’est pas encore répertoriée dans les codes APE et ne se glisse dans aucun moule social identifiable .

Bienvenue à UFO land !

C’est ainsi qu’au fil des années, j’ai été tour à tour, infirmier, garde malade, musicien, homme au foyer, arrangeur, compositeur, portier, chauffeur, écrivain.

A chacun sa réponse.

Peu importe la profession avancée ,du moment que l’on soit crédible en répondant.

 

 

Un psy m’avait un jour conseillé de me confronter à l’autre, exposer mon moi, exploser mon ego, désintégrer ce jeu de rôle dont je m’entourais en permanence. La seule ordonnance que je lui demandais à la fin de la séance, était une boite d’aspirine, ainsi que l’adresse d’un bon ostéopathe. Ce vieux hibou m’avait fichu un affreux mal de crâne et son canapé un infâme torticolis.

 

Mais revenons à nos moutons. Je suis la première personne qu’ils voient et la dernière aussi. J’arbore un joli sourire ou bien une mine de circonstance. Je sais qu’ils sont gênés, pour la plupart, de se confronter à un homme dans un moment aussi personnel, question d’hormones sans doute.

Mon épouse, l’amour de ma vie, est coach, dominatrice, écrivain, et je suis son fidèle assistant tant qu’un client vient sonner au portail, après, une fois la nuit tombée, je redeviens celui que je n’ai jamais cessé d’être à ses yeux, son mari , celui qui se love contre elle et s’endort dans l’écume rousse de sa chevelure.

 

« Tu dois avoir des centaines d’histoires croustillantes à raconter !! » me demanda un jour un de nos amis.

Oui et non.

La diversité des fantasmes est aussi réduite que le comportement de ceux qui veulent les vivre. La différence, l’anomalie savoureuse, se décline dans un subtil dégradé de gaucherie ou d’insouciance, de réflexions et de mimiques singulières.

En quelques années, j’ai vu défiler le cortège des adorateurs, j’étais aux premières loges du bal des anxieux , j’ai entendu la sérénade des esseulés.

 

C’est fou ce qu’un portail peut vous apprendre sur la nature humaine. Certains penseront que je suis  maniaco-dépressif, mais avec le temps, j’ai tissé une relation bien particulière avec lui, je lui parle et il me répond. Il ne s’appelle pas, il est.

Sensible aux humeurs du temps, tout comme mes tempes se blanchissent ,sa peau prend une teinte rouille qui lui va si bien. Il grince un peu, c’est vrai, mais que dire de mes articulations qui se grippent dès que les premiers froids arrivent.

Par IDA - Publié dans : Inédits
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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /Mars /2010 15:57

Jeu de clés !

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le grand type au portail, mon époux, écrivain à ses heures !

Un récit intimiste où se mêlent humour décalé et réalisme sans fard.

 

 

Chapitre Un

 

Géométrie et points de repère

 

 

Je compte.

Cinquante pas jusqu’au portail.

Je marche.

Cinquante autres mènent à l’entrée du donjon.

Je marche encore.

Ajoutez les quarante derniers nécessaires pour regagner le bureau et vous obtiendrez la mesure exacte qui me sépare d’un monde à l’autre, celui de l’attente et de son frère siamois, le fantasme.

Je m’assois et j’attends.

La symétrie de ma vie suit le parcours de mes pas, jour après jour, existe-t-il quelque chose en dehors de cela, là bas, juste derrière le grillage ? Je passe et repasse sur mes traces, aucune marée ne viendra les effacer.

La foulée comme maître étalon, en lieu et place du mètre, cela n’a rien d’étrange, du moins pour celui qui apprend à marcher sur le fil des fantasmes, leurs fantasmes. Les miens sont enfouis quelque part dans ce jardin, ou ailleurs, y a-t-il un ailleurs ?

Je m’arrête.

Je suis le gardien d’une contrée imaginaire. J’en possède les clés et la connais dans ses moindres recoins. Pourtant je ne sais pas ce qui s’y passe. Je l’ai longtemps imaginé, senti, entendu mais jamais il ne s’est offert à moi. Peut-être est-ce mieux ainsi, sans doute, je n’en sais rien à vrai dire. Ainsi soit-je, ainsi soit-tu, ainsi soit-il ! Mylène rôde, reste encore un peu avec moi belle amazone.

Un portail en guise de rideau rouge, c’est déjà mieux que rien me direz-vous. Je ne sais pas comment il s’appelle, ni même s’il a un nom, je sais qu’il est là, encadré par deux dauphins en pierre qui montent le gué sur chacun des piliers. La rouille parchemine sa peau et lui donne des allures de léopard esseulé, triste camouflage qui ne masque pas le désintérêt dont je lui ai fait preuve pendant toutes ces années. Pourtant que serais-je sans lui, ne suis-je pas sensé l’ouvrir aux clients ? S’il n’était pas là, quelle pourrait bien être ma fonction ? Je ne servirais à rien, ils n’auraient qu’à entrer et sortir sans se soucier de ma présence. Je n’existe qu’à travers lui, nos destins sont liés, nous partageons les mêmes vexations, subissons les assauts d’un climat sans pitié qui aura sans doute raison de nos corps fatigués par l’attente humide et lancinante.

La représentation commence avec le premier tour de clés dans la serrure. Elle grince. Le second un peu moins et soudain le battant s’ouvre et la pièce peut commencer.

Premier Acte, sourire et lancer un «  bonjour » calibré selon la mine de l’auditoire. Apprendre à oublier qui l’on est.

Second Acte, s’effacer du passage et l’inviter à entrer, refermer le portail et se mettre à marcher, pas n’importe comment, savoir ajuster sa foulée sur la sienne, sa voix sur la sienne, occuper l’espace comme il peut s’en emparer ; une sorte d’empathie gestuelle, une hypnose déambulatoire. Qui des deux suit l’autre ? Je me le demande quelques fois, sans doute trouverait-il son chemin, sans moi, comme un saumon fraye, génétiquement, absurde migration vers la mort.

Troisième Acte, réussir à placer un mot, une phrase, plus ou moins banale, faire attention à articuler, sans quoi mon public ne comprendra rien et se sentira un peu plus mal à l’aise. Utiliser des mots simples, réduire son vocabulaire comme on réduit sa voilure en cas de gros temps, savoir d’instinct quelle est sa place, profil bas.

Quatrième Acte, sans doute le plus facile, descendre les quelques marches qui mènent à la porte magique, l’ouvrir, lui indiquer un fauteuil de cuir noir, glisser un «  je la préviens de votre arrivée » et m’en aller, discrètement, à pas feutrés. Etre présent tout en demeurant transparent, invisible, savoir se faire oublier dès que la porte est refermée. Elle efface toute trace de mon passage. Je suis celui dont on ne se souvient jamais du nom, bonjour ..heu…ça va ? Oui, ça va, du moins ça allait juste avant que tu arrives.

Les saisons défilent, les costumes changent. Seul le décor demeure intact, insensible aux humeurs du temps.

Fièrement dressé près de l’entrée, le grand pin provençal, abri de fortune, les jours de pluie ou de chaleur écrasante, semble donner la mesure de l’intemporalité qui règne en ces murs.

Je prends racine.

Peu importe la fonction qu’il est utile d’invoquer dans telle ou telle circonstance. Je suis le portier, le mec à l’entrée, le grand type aux lunettes noires, Olivier, tartempion, X ou Y . Je suis le gardien du portail.

Mon royaume est fait de graviers et d’herbes folles, de quelques marches capricieuses et d’un trousseau de clés au fond de ma poche.

Que donneraient-ils pour être à ma place, une minute, une heure, une journée, une vie entière. Les paris sont ouverts, mais je ne miserais pas un Kopeck sur mon numéro.
Par IDA - Publié dans : Inédits
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