IDA....L'ACCOMPAGNATRICE
TOUT CE QUE VOUS AVEZ TOUJOURS VOULU SAVOIR SUR VOS
FANTASMES
SANS JAMAIS OSER LE DEMANDER
!
Les mots ont un sens, autant en faire bon usage.
Les clichés ont la peau dure, autant changer de focale.
Il en va des fantasmes en soumission comme du regard stérile, réducteur et globalisant du commun des mortels, ils sont confinés dans un moule.
Certes, l’uniformisation a cela de réconfortant, elle nivèle la capacité de se projeter, dynamite le pont avec le futur, annihile tout esprit critique, pour faire court, elle harmonise la deshumanisation rampante.
Comme il est simple de jeter l’anathème sur nos pratiques au seul titre qu’il s’agit de pratiques sadomasochistes.
C’est là qu’intervient le hic.
Je considère l’argument comme un faux en écriture, une pirouette sémantique, facile et usée.
Sade doit se retourner dans sa tombe, Vénus a perdu sa fourrure.
Et si SM était l’abréviation de « Suis-moi » et non Sado/Maso.
Dans la même veine, j’envisage mon rôle comme celui d’une accompagnatrice, ça rime avec dominatrice, mais l’analogie s’arrête là !
Suis-moi sur ce chemin qui te fascines et que tu n’oses emprunter seul. Ma lanterne peut se transformer en cravache, nous frayant un passage dans la jungle verticale des fantasmes.
D’aucun continueront à nous affubler de ce terme qui ne veut rien dire, dominatrice, mais la réalité est ailleurs, entre introspection et grands éclats de rire, car, sérieusement, ceci reste un jeu.
Définition de jeu : Ce qui relève de la fantaisie.
Plus classique, mais tout aussi efficace !
Sans tomber dans la psychanalyse de supermarché, force est de reconnaître que la fessée renvoie à ces images du passé, d’Epinal ou d’ailleurs, qui hantent et poursuivent. Qu’elles en aient trop reçues ou qu’elles n’y aient pas assez goûté, certaines personnes, tous sexes confondus, n’envisagent leurs fantasmes qu’à plat ventre, le regard planté dans la moquette.
La fessée à mains nues est une projection paradoxale de l’enfance, où l’adulte transforme une punition en récréation, un blâme en bon point. Immédiatement viennent à l’esprit la figure maternelle ou celle, plus fantasmatique, de la maîtresse d’école. Lorsque la lune croise le tonnerre, l’épiderme s’embrase, la rhétorique se précise, les méthodes divergent.
Scénariser une fessée peut s’avérer stérile tant l’objet du désir se résume à ces mains qui s’abattent sur une croupe offerte. Dans certains cas, la théâtralisation de l’acte se fera par le truchement d’une mise en scène élaborée, une répartition des rôles évidente, certes, où les dialogues participeront à la charge érotique qui se lit en filigrane.
Alors, par terre, sur un lit, en travers des genoux, debout, la position n’est en fin de compte qu’une composante de l’imaginaire, un indice, peut-être bien une fausse piste. Il ou elle a commis une faute, peut-être a t-il chapardé quelque chose, elle a désobéit ou plus classique, il a été surpris en train de se masturber.
Faute avouée, à moitié pardonnée ?
Les proverbes ne valent pas tripette dans l’univers fétichiste et sadomasochiste. La faute sera payée, rubis sur l’ongle, avec intérêts et pénalités de retard, car c’est en fin de compte le but du jeu, se voir infliger un taux usuraire en retour des frasques commises.
La fessée se joue de tous les clichés, elle est intemporelle, unisexe, elle s’adapte à toutes les modes vestimentaires, ne retient du fantasme que sa partie immergée dans l’inconscient collectif.
Mais au fond, n’est-ce pas le propre de l’homme , transformer le réel en quelque chose
de plus abstrait et moins contraignant, repousser la
bienséance érotique aux frontières du ridicule, la tête baissée, les reins cambrés, pantomime rituelle, le masque de l’ordre défiant celui de la révolte, images carnavalesques disparaissant dans
les ombres du plaisir.
Le bondage, tout a été écrit, lu et raconté !
Alors à quoi bon publier un billet sur cette variante noueuse des jeux sadomasochistes ?
Je ne parlerai donc pas des innombrables possibilités qu’offre cette technique, tout comme je n’évoquerai pas ses racines et ses maîtres. Non, parlant du bondage me vient immédiatement à l’esprit les longues minutes qui précèdent le dernier lien, le dernier tour de corde autour d’un corps qui s’offre, impudique et libéré.
D’abord le choix des liens, la position, l’anatomie particulière du sujet. Deux yeux me suivent, à la trace, un regard interrogateur et résolu, préliminaires en chanvre majeur, option synthétique selon les cas. Laisser planer le doute, ne rien dire et continuer à tourner autour de lui. La technique du bondage demande du temps et de l’expérience, mais plus encore, elle nécessite un contrôle absolu sur le silence et ses rumeurs métalliques, cliquetis de chaînes, mouvements de métronome, la corde remplace l’aiguille de l’horloger, elle tourne autour d’un axe, son corps, symétrie des circonvolutions, rythmer la progression jusqu’à rendre le temps abstrait et relatif, inutile.
La corde creuse son lit dans l’épiderme, elle s’accommode de toutes les anatomies, souple et capricieuse à la fois, elle se conquière davantage qu’elle ne s’offre. Lier et délier, ajuster, au plus près, une seconde peau, libératrice, plus d’entraves malgré cette incapacité à se mouvoir, prendre d’assaut cette forteresse, l’esprit, faire tomber ses défenses, une à une, provoquer cette révolution silencieuse, réconcilier les antagonismes primitifs, la chair et l’âme.
Le corps se transforme, peu à peu, il s’écarte, se disloque, s’éparpille, ne fait qu’un mais s’autorise une multiplicité aléatoire, contradictions géométriques, il accepte l’incongru, se joue d’une anatomie rétive et butée, se libère lentement des contraintes physiques.
Ses yeux se ferment, à quoi bon lutter, de quelle utilité devient le regard lorsque tout son corps développe des sens éteints par la convention et la commodité. L’étreinte se resserre, les cordes se nouent, les nœuds dessinent de nouvelles frontières, bien au delà que le regard peut porter.
Il sent, il entend, devine et pressent. Qu’importe la position ou l’absence d’esprit critique, il suit cette corde qui s’enroule autour de lui comme un esquif dérive au gré du vent.
Le dernier lien, encore un instant, un nœud, encore un autre et puis rien, plus rien. Le corps ligoté théâtralise une pièce en un acte, apogée des sensations, libération terminale, cascade de cordes qui retombent sur le sol et lui, tout la haut, poupée de chanvre et de nylon, il accepte tout, mes silences, un rire parfois, il cesse de lutter et contemple la face cachée de la comédie humaine, l’arrogance des mots, l’obscénité des pensées, toutes faites, l’illusion du vide que l’on s’acharne à combler, en vain. Parenthèse trop vite refermée, les liens se desserrent, le carcan réapparaît, le corps reprend son droit de préemption sur l’espace, il bouge, il vit, il transpire, tout ce qui fait de lui un objet tactile, sensoriel. Demeure pourtant cette sensation d’apesanteur, cette absence de mouvement, une certaine idée du bonheur cognitif, où le corps ne sert plus d’alibi mais de support, quelques secondes volées à ses propres pensées.
( illustration: mickaeltramoy.blogspot.com)
Elles s’étirent et se déforment, suivent le contour de son visage et se figent, en apesanteur. Il a aussi cette main, nue ou gantée, position hiératique, autoritaire et désinvolte.
Qui se cache derrière
cette femme en train de fumer une cigarette, toisant d’un regard distrait, parce qu’il ne mérite pas mieux, cet homme, à genoux, prêt à devenir un cendrier ?
La métaphore phallique de la cigarette ou du cigare, vieille comme le monde, ne peut à elle seule expliquer cette préférence fétichiste : la femme qui fume.
Affranchissement pour les uns, rapport de force pour les autres, chacun argumente à sa façon, se justifie ou capitule.
Partons d’une notion de plaisir et déplaçons le sujet sur celui de la dépendance. Elle fume, par plaisir donc, ça détend, ça fait du bien. Elle est accroc à cette bouffée mais contrarie les codes de l’addiction en transférant cette dépendance à cet homme qui en fait un instrument d’humiliation érotique.
La cigarette comme pur objet fétiche ? Certainement pas. Un fantasme, quel qu’il soit, a besoin d’un support, une matérialisation, physique, palpable, afin de se développer harmonieusement. La femme devient Maîtresse, l’homme un soumis, elle est vêtue de cuir ou de latex, simple artifice qui justifie la nudité du sujet en adoration. L’univers sadomasochiste prend tous les codes a rebrousse poil. L’attitude de l’un induit le comportement de l’autre à travers une succession de polaroids travestis en poncifs culturels.
La cigarette n’est qu’une simple représentation d’un état de dépendance et de jalousie. Que ne ferait-il pas pour devenir ce mégot qu’elle écrase sous son talon aiguille ? A t-elle du pouvoir parce qu’elle porte une cigarette a ses lèvres ? Voit-il dans ce geste une forme ultime de suprématie féminine ? La réalité est plus retors.
Jeux de rôles et théâtralisation, la scène qui se tourne n’est qu’une variante lambda d’une partie d’échec où chacun avance son pion, disons une reine, sur l’échiquier des fantasmes, la diagonale du fou. Le résultat a peu d’importance puisqu’il est connu d’avance. L’érotisme se nourrit d’éventualités.
A quoi peut-elle bien penser ? M’autorisera t-elle à devenir un cendrier humain ? Que fera t-elle lorsqu’elle aura finit cette cigarette ? Dieu qu’elle est belle comme ça, je ne la mérite pas !
Les espoirs se nourrissent des volutes qui montent et se désagrègent.
Alors, quoi de plus érotique qu’une femme en train de fumer une cigarette ? Chacun ira de sa théorie, du talon aiguille à la couleur des cheveux. Ne reste à la fin qu’une poussière de cette mythologie qui devient réalité, quelques mégots au fond d’une main tremblante, une pirouette sémantique qui renaît de ses cendres dès que cette femme allume une autre cigarette. Elle consomme, il se consume, le jeu du chasseur et de sa proie, presque une fable de La fontaine.
Il en va des mythes comme de l’inconscient fantasmatique. Ils ont tous une part de vérité même si le désir les travestit en images partielles voire réductrices. Avec la femme phallique nous abordons les rivages aléatoires de la femme toute puissante, celle qui porte, non pas la culotte, mais le pénis, ( les deux ne se confondent-ils pas ?)
Bien loin d’une notion inconfortable d’hermaphrodisme, la femme phallique endosse
cette part de masculinité que l’homme veut bien lui donner. Elle n’est pas une femme jouant à être un
homme mais plutôt l’accompagne dans des jeux ou il s’octroie une certaine dose de féminité. Le simple fait pour lui d’apprécier ces jeux n’en fait pas un homosexuel, à l’inverse, il doit
s’affranchir de toute culpabilité, accepter que la pénétration n’est pas l’apanage des mâles.
« Je veux essayer au moins une fois, je ne veux pas mourir idiot »
Pratiquer le gode ceinture ne rend pas plus intelligent, tout comme l’expérience peut rester banale pour certains. Ne généralisons pas et ne faisons pas de cette pratique une image d’Epinal qui renverrait au sacro-saint dogme de la virginité. Tous les orifices sont bons à prendre, la censure ne vaut que si elle effraie, or, dans ces jeux, la peur ressemble à s’y méprendre à une appréhension hautement érotique, teintée d’une réprobation sociale qui se plait à classifier les activités sexuelles en strates successives, des « normales » aux « perverties ».
L’être humain est à la source un nomade, pourquoi donc ne pas accepter un nomadisme sexuel qui, loin de marginaliser, renforce l’identité de chacun par des expériences sensorielles propres à dégager la nature intrinsèque du désir, la pluralité, et pourquoi pas, soyons fous ( folles), la tolérance !
( illustration d' Ariel)
D’abord, il y a cette attente.
D’interminables minutes, préliminaires à tendance masochiste, on les regarde, on les juge, entre appréhension et concupiscence, l’imagination fait le reste. Elle se prépare, gestes lents et précis, une méthode, presqu’un rituel, divine comédie en un seul acte.
C’est froid.
Le premier contact, une caresse, vous prend étrangement à rebrousse poil. On les sent, à tour de rôle, elles préparent le terrain, sondent, titillent, s’immiscent, cherchent un passage, au pied du volcan.
Elles gagnent du terrain, s’enhardissent, les dernières barrières cèdent une à une, centimètre par centimètre, une incursion dans cette antre, chaude et humide, une forêt tropicale, se frayer un passage avant que la nature reprenne ses droits.
La première part en éclaireur et s’enfonce irrémédiablement dans l’obscurité, elle sait d’instinct où son chemin la mènera, droit devant, le plus loin possible, écarter les obstacles et les craintes afin que l’autre la suive, juste une foulée derrière.
Elle ressort du cratère, avant qu’il n’explose et que la lave dévale ses pentes, parcourues de secousses, comme autant de signes précurseurs d’un cataclysme annoncé et attendu.
Alors survient une fouille en règle, chaque recoin est ausculté, disséqué, sans état d’âme. Se livrer, les mains attachées dans le dos, subir leur assaut comme une joute amoureuse, elles rentrent et ressortent, exploratrices zélées de la dernière frontière, elles avancent, le poing refermé en signe de détermination, rien ne les arrêtera, pas même ce cri qui dérive dans un horizon bancal.
Les lèvres du volcan sont béantes, on distingue mal ce qui s’y passe à l’intérieur, on l’imagine. Guérilla intime, une lutte sans merci, elles pilonnent vos lignes arrières jusqu’à épuisement, loin toujours plus loin, elles reculent les barrières que vous pensiez infranchissables. On réalise alors que la route est encore longue et qu’elles peuvent pénétrer bien plus avant à l’intérieur des terres. Elles s’enfoncent, jusqu’à disparaître. Puis elles s’arrêtent, aux aguets, elles se figent dans la moiteur d’une nuit amazonienne. Elles n’iront pas plus loin et se retirent doucement, laissant derrière elles le magma remonter en saccades, sauvages, incontrôlées.
L’avant bras apparaît en premier, puis le poignet et la main.
Le reste est incertain, la vue se brouille et partent les premières scories du désir, un cri, de plaisir ou de désespoir, la raison perd ses droits et sombre dans les derniers plis de lave qui se noircissent à mesure que vos paupières se referment.
On entend plus que des bruits, sensation lunaire d’apesanteur, sa main s’est retirée comme une grande marée, pourtant je la sens toujours en moi, possessive, fulgurante, quand reviendra t-elle ?
( Dessin de Chris Johanson, encre sur bois)
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