Mercredi 7 avril 2010 3 07 /04 /Avr /2010 13:56

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Sous un regard malicieux emprunt d’une certaine nostalgie, se cache en réalité les flammes d’un volcan nordique en éruption. A l’instar de la production musicale de ces dix dernières années, le jazz est en perpétuelle évolution. Nils Petter Molvaer, trompettiste norvégien, en est le fer de lance incontournable.

Né en 1960 à Sula, petite île située au nord de la Norvège, il est depuis plusieurs années le représentant d’une scène electro jazz particulièrement novatrice. Chroniquer un de ces albums reviendrait à parler de ses rêves au saut du lit, tant son univers musical nous transporte dans un état hypnotique proche de la transe. Encore mal connu du public français, abreuvé à longueur de journée par du prêt à écouter formaté pour ados, Nils Petter Molvaer n’en reste pas moins un musicien de génie, au confluent du jazz et de l’electro.

Au croisement des infra basses techno et de la Blue note Jazzy, il est parvenu à créer un univers inimitable, emprunt de mysticisme et de frénésie citadine. Sa musique a des parfums d’éther et de bitume, mêlant des bpm ultra rapides a des solos de trompette proches de certains morceaux du Miles Davis des années Coltrane. Longtemps publié par ECM, célèbre label connu de tous les amateurs de Jazz, il a crée depuis sa propre maison d’édition, Sula records, s’affranchissant davantage de toute contrainte, à l’image de son album Np3 sorti en 2002.

Mais par quel bout attaquer l’œuvre de ce compositeur hors normes ?


Quand l’électronique n’est plus un alibi marketing.ni un pis aller musical, l’alchimie qui s’opère prend très souvent des allures de trecking intérieur. Nils petter Molvaer qui lors d’une interview déclarait « Je voulais être ouvert au maximum » illustre cette volonté d’une nouvelle génération de musiciens pour qui tolérance musicale rime avec liberté de création ainsi qu’un goût certain pour l’indépendance.

Il s’agit bien là d’une véritable révolution musicale tout autant qu’artistique.

La world musique qui avait ouvert le chemin de la pluralité ethnique avant de s’engluer peu à peu sous une chape commerciale omniprésente, n’a pas su renouveler un genre pourtant riche de promesses.

L’electro Jazz que nous propose Nils petter Molvaer est un vrai chamboulement sonore et culturel. Du Jazz, il a su en garder la richesse harmonique et mélodique, une approche modale de la gamme, ainsi que l’intégrité intellectuelle, mais il a su piocher dans l’univers électronique l’indispensable apport technique et créatif, contribution que Miles Davis lui-même n’aurait pas renier, le prince des ténèbres hante toujours le diapason, qu’on le veuille ou non.

Appréhender un ordinateur comme un instrument à part entière, voila de quoi mettre le feu aux poudres dans le cercle très fermé des puristes du jazz. Cependant, Molvaer, loin de ces querelles de clocher d’un autre âge, continue d’explorer les ressources artistiques de la ram, d’en extraire une texture au delà de la note et de l’harmonie, et rendre ainsi palpable et malléable un souffle, une émotion. Lorsque la Ram s’anime, le hardware acquière, lui aussi, ses lettres de noblesse. Rendons à César ce qui est à César, sans les informaticiens, il manquerait une corde à l’arc musical du funambule Norvégien.

Molvaer nous propose un voyage intérieur, une introspection intime, qui n’a d’égal que notre propre faculté à l’immersion. Que ce soit dans un morceau comme « Song of Sand » ,véritable chez d’œuvre contemplatif, ou « Nebuliser » une ode techno sur vitaminée, il nous invite à découvrir notre monde tel qu’il se présente aujourd’hui, avec son urbanisme galopant, avide de béton et de nouvelles technologies, mais aussi des contrées sauvages,loin des pollutions de toutes sortes, qui ressemblent sans doute aux îles Norvégiennes de son enfance.

Pour mener à bien sa tâche, il a su s’entourer de musiciens exceptionnels comme son guitariste et frère de cordes, Eivind Aarset qui lui aussi réinvente son instrument en permanence, ainsi que Jang Bang et Raymond Pellicier ,virtuoses du sampling , à qui l’on doit vraisemblablement le virage électronique de l’album « Np3 ».

Arrivé à ce stade de sa carrière ,Molvaer, avec la liberté qui est la sienne maintenant, a désormais franchit le pont qui enjambait le jazz et l’electro avec son dernier opus « Hamada » Il se trouve désormais sur des terres encore vierges ou seule sa créativité définira ce qui sera sans doute un nouvel espace musical, sans nom, pourquoi toujours vouloir étiqueter un style, ou l’instrument n’est ni acoustique ni électronique. C’est en cela qu’il est malaisé de classer Nils Petter Molvaer dans une mouvance plutôt qu’une autre, car de toute évidence il est l’un des chefs de file d’un new deal musical sans précédent.

Partez donc à la découverte de cet artiste phénoménal , vous prendrez à coup sûr un aller simple pour la ligne bleue de l’horizon, un bivouac sur la corde raide des sentiments.

Par IDA - Publié dans : Musique par Olivier
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