Partager l'article ! Le grand type au portail: Jeu de clés ! Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le grand type au portail, mon époux, éc ...
IDA....L'ACCOMPAGNATRICE
TOUT CE QUE VOUS AVEZ TOUJOURS VOULU SAVOIR SUR VOS
FANTASMES
SANS JAMAIS OSER LE DEMANDER
!
Jeu de clés !
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le grand type au portail, mon époux, écrivain à ses heures !
Un récit intimiste où se mêlent humour décalé et réalisme sans fard.
Chapitre Un
Géométrie et points de repère
Je compte.
Cinquante pas jusqu’au portail.
Je marche.
Cinquante autres mènent à l’entrée du donjon.
Je marche encore.
Ajoutez les quarante derniers nécessaires pour regagner le bureau et vous obtiendrez la mesure exacte qui me sépare d’un monde à l’autre, celui de l’attente et de son frère siamois, le fantasme.
Je m’assois et j’attends.
La symétrie de ma vie suit le parcours de mes pas, jour après jour, existe-t-il quelque chose en dehors de cela, là bas, juste derrière le grillage ? Je passe et repasse sur mes traces, aucune marée ne viendra les effacer.
La foulée comme maître étalon, en lieu et place du mètre, cela n’a rien d’étrange, du moins pour celui qui apprend à marcher sur le fil des fantasmes, leurs fantasmes. Les miens sont enfouis quelque part dans ce jardin, ou ailleurs, y a-t-il un ailleurs ?
Je m’arrête.
Je suis le gardien d’une contrée imaginaire. J’en possède les clés et la connais dans ses moindres recoins. Pourtant je ne sais pas ce qui s’y passe. Je l’ai longtemps imaginé, senti, entendu mais jamais il ne s’est offert à moi. Peut-être est-ce mieux ainsi, sans doute, je n’en sais rien à vrai dire. Ainsi soit-je, ainsi soit-tu, ainsi soit-il ! Mylène rôde, reste encore un peu avec moi belle amazone.
Un portail en guise de rideau rouge, c’est déjà mieux que rien me direz-vous. Je ne sais pas comment il s’appelle, ni même s’il a un nom, je sais qu’il est là, encadré par deux dauphins en pierre qui montent le gué sur chacun des piliers. La rouille parchemine sa peau et lui donne des allures de léopard esseulé, triste camouflage qui ne masque pas le désintérêt dont je lui ai fait preuve pendant toutes ces années. Pourtant que serais-je sans lui, ne suis-je pas sensé l’ouvrir aux clients ? S’il n’était pas là, quelle pourrait bien être ma fonction ? Je ne servirais à rien, ils n’auraient qu’à entrer et sortir sans se soucier de ma présence. Je n’existe qu’à travers lui, nos destins sont liés, nous partageons les mêmes vexations, subissons les assauts d’un climat sans pitié qui aura sans doute raison de nos corps fatigués par l’attente humide et lancinante.
La représentation commence avec le premier tour de clés dans la serrure. Elle grince. Le second un peu moins et soudain le battant s’ouvre et la pièce peut commencer.
Premier Acte, sourire et lancer un « bonjour » calibré selon la mine de l’auditoire. Apprendre à oublier qui l’on est.
Second Acte, s’effacer du passage et l’inviter à entrer, refermer le portail et se mettre à marcher, pas n’importe comment, savoir ajuster sa foulée sur la sienne, sa voix sur la sienne, occuper l’espace comme il peut s’en emparer ; une sorte d’empathie gestuelle, une hypnose déambulatoire. Qui des deux suit l’autre ? Je me le demande quelques fois, sans doute trouverait-il son chemin, sans moi, comme un saumon fraye, génétiquement, absurde migration vers la mort.
Troisième Acte, réussir à placer un mot, une phrase, plus ou moins banale, faire attention à articuler, sans quoi mon public ne comprendra rien et se sentira un peu plus mal à l’aise. Utiliser des mots simples, réduire son vocabulaire comme on réduit sa voilure en cas de gros temps, savoir d’instinct quelle est sa place, profil bas.
Quatrième Acte, sans doute le plus facile, descendre les quelques marches qui mènent à la porte magique, l’ouvrir, lui indiquer un fauteuil de cuir noir, glisser un « je la préviens de votre arrivée » et m’en aller, discrètement, à pas feutrés. Etre présent tout en demeurant transparent, invisible, savoir se faire oublier dès que la porte est refermée. Elle efface toute trace de mon passage. Je suis celui dont on ne se souvient jamais du nom, bonjour ..heu…ça va ? Oui, ça va, du moins ça allait juste avant que tu arrives.
Les saisons défilent, les costumes changent. Seul le décor demeure intact, insensible aux humeurs du temps.
Fièrement dressé près de l’entrée, le grand pin provençal, abri de fortune, les jours de pluie ou de chaleur écrasante, semble donner la mesure de l’intemporalité qui règne en ces murs.
Je prends racine.
Peu importe la fonction qu’il est utile d’invoquer dans telle ou telle circonstance. Je suis le portier, le mec à l’entrée, le grand type aux lunettes noires, Olivier, tartempion, X ou Y . Je suis le gardien du portail.
Mon royaume est fait de graviers et d’herbes folles, de quelques marches capricieuses et d’un trousseau de clés au fond de ma poche.
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