Mardi 5 janvier 2010
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On l'attend comme un shaman invoque les esprits, on la convoite, bouche bée, sans rien dire, espérant qu'elle soit intarrissable, une
bénédiction qui se mérite, entre ivresse et gourmandise. En prière, à genoux, la tête renversée comme pour mieux contempler la source, émergeant d'un buisson sauvage au détour d'un chemin
caillouteux, la surprise est totale, l'attente impitoyable.
D'abord quelques gouttes, timides ou rebelles, c'est une question de rôle ou d'attribut. La saveur est difficile à cerner, tantôt sucrée, tantôt salée, une histoire de condiments, Epicure quand
tu nous tiens !
La bruine se transforme en pluie, violente, impétueuse, proche d'un geyser, elle emporte tout sur son passage, quelques certitudes et les points d'interrogation qui ne cessaient de hanter ce
fantasme. On tend alors les mains, on ouvre grand la bouche, ne rien perdre, tout boire, la coupe jusqu'au plaisir, celui d'accepter l'offrande, plonger dans cette chaleur aquatique, suivre son
regard qui ne vous quitte pas une seconde, à quoi pense t-elle à ce moment bien précis ?
Marque t-elle son territoire, delimite t-elle les frontières d'un monde qu'elle seule est en mesure d'apprécier ?
Alors les repères se brouillent, la vue aussi, on se contente de boire, de boire encore et encore, à la source, ce fruit défendu qui s'offre sans jamais dévoiler ses secrets. Certains la nomment
pluie dorée, champagne, nectar, divin breuvage. A quoi bon tenter de limiter cette expérience au champ sémantique, il suffit de fermer les yeux et de savourer, égoïstement, prendre la plaisir que
l'on vous donne, espérant mieux, redoutant les périodes de grandes sécheresses qui suivent parfois le déluge salvateur.
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