IDA....L'ACCOMPAGNATRICE
TOUT CE QUE VOUS AVEZ TOUJOURS VOULU SAVOIR SUR VOS
FANTASMES
SANS JAMAIS OSER LE DEMANDER
!
Le bondage, tout a été écrit, lu et raconté !
Alors à quoi bon publier un billet sur cette variante noueuse des jeux sadomasochistes ?
Je ne parlerai donc pas des innombrables possibilités qu’offre cette technique, tout comme je n’évoquerai pas ses racines et ses maîtres. Non, parlant du bondage me vient immédiatement à l’esprit les longues minutes qui précèdent le dernier lien, le dernier tour de corde autour d’un corps qui s’offre, impudique et libéré.
D’abord le choix des liens, la position, l’anatomie particulière du sujet. Deux yeux me suivent, à la trace, un regard interrogateur et résolu, préliminaires en chanvre majeur, option synthétique selon les cas. Laisser planer le doute, ne rien dire et continuer à tourner autour de lui. La technique du bondage demande du temps et de l’expérience, mais plus encore, elle nécessite un contrôle absolu sur le silence et ses rumeurs métalliques, cliquetis de chaînes, mouvements de métronome, la corde remplace l’aiguille de l’horloger, elle tourne autour d’un axe, son corps, symétrie des circonvolutions, rythmer la progression jusqu’à rendre le temps abstrait et relatif, inutile.
La corde creuse son lit dans l’épiderme, elle s’accommode de toutes les anatomies, souple et capricieuse à la fois, elle se conquière davantage qu’elle ne s’offre. Lier et délier, ajuster, au plus près, une seconde peau, libératrice, plus d’entraves malgré cette incapacité à se mouvoir, prendre d’assaut cette forteresse, l’esprit, faire tomber ses défenses, une à une, provoquer cette révolution silencieuse, réconcilier les antagonismes primitifs, la chair et l’âme.
Le corps se transforme, peu à peu, il s’écarte, se disloque, s’éparpille, ne fait qu’un mais s’autorise une multiplicité aléatoire, contradictions géométriques, il accepte l’incongru, se joue d’une anatomie rétive et butée, se libère lentement des contraintes physiques.
Ses yeux se ferment, à quoi bon lutter, de quelle utilité devient le regard lorsque tout son corps développe des sens éteints par la convention et la commodité. L’étreinte se resserre, les cordes se nouent, les nœuds dessinent de nouvelles frontières, bien au delà que le regard peut porter.
Il sent, il entend, devine et pressent. Qu’importe la position ou l’absence d’esprit critique, il suit cette corde qui s’enroule autour de lui comme un esquif dérive au gré du vent.
Le dernier lien, encore un instant, un nœud, encore un autre et puis rien, plus rien. Le corps ligoté théâtralise une pièce en un acte, apogée des sensations, libération terminale, cascade de cordes qui retombent sur le sol et lui, tout la haut, poupée de chanvre et de nylon, il accepte tout, mes silences, un rire parfois, il cesse de lutter et contemple la face cachée de la comédie humaine, l’arrogance des mots, l’obscénité des pensées, toutes faites, l’illusion du vide que l’on s’acharne à combler, en vain. Parenthèse trop vite refermée, les liens se desserrent, le carcan réapparaît, le corps reprend son droit de préemption sur l’espace, il bouge, il vit, il transpire, tout ce qui fait de lui un objet tactile, sensoriel. Demeure pourtant cette sensation d’apesanteur, cette absence de mouvement, une certaine idée du bonheur cognitif, où le corps ne sert plus d’alibi mais de support, quelques secondes volées à ses propres pensées.
( illustration: mickaeltramoy.blogspot.com)
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