Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 15:07

D’abord, il y a cette attente.

D’interminables minutes, préliminaires à tendance masochiste, on les regarde, on les juge, entre appréhension et concupiscence, l’imagination fait le reste. Elle se prépare, gestes lents et précis, une méthode, presqu’un rituel, divine comédie en un seul acte.

C’est froid.

Le premier contact, une caresse, vous prend étrangement à rebrousse poil. On les sent, à tour de rôle, elles préparent le terrain, sondent, titillent, s’immiscent, cherchent un passage, au pied du volcan.

Elles gagnent du terrain, s’enhardissent, les dernières barrières cèdent une à une, centimètre par centimètre, une incursion dans cette antre, chaude et humide, une forêt tropicale, se frayer un passage avant que la nature reprenne ses droits.

La première part en éclaireur et s’enfonce irrémédiablement dans l’obscurité, elle sait d’instinct où son chemin la mènera, droit devant, le plus loin possible, écarter les obstacles et les craintes afin que l’autre la suive, juste une foulée derrière.

Elle ressort du cratère, avant qu’il n’explose et que la lave dévale ses pentes, parcourues de secousses, comme autant de signes précurseurs d’un cataclysme annoncé et attendu.

Alors survient une fouille en règle, chaque recoin est ausculté, disséqué, sans état d’âme. Se livrer, les mains attachées dans le dos, subir leur assaut comme une joute amoureuse, elles rentrent et ressortent, exploratrices zélées de la dernière frontière, elles avancent, le poing refermé en signe de détermination, rien ne les arrêtera, pas même ce cri qui dérive dans un horizon bancal.

Les lèvres du volcan sont béantes, on distingue mal ce qui s’y passe à l’intérieur, on l’imagine. Guérilla intime, une lutte sans merci, elles pilonnent vos lignes arrières jusqu’à épuisement, loin toujours plus loin, elles reculent les barrières que vous pensiez infranchissables. On réalise alors que la route est encore longue et qu’elles peuvent pénétrer bien plus avant à l’intérieur des terres. Elles s’enfoncent, jusqu’à disparaître. Puis elles s’arrêtent, aux aguets, elles se figent dans la moiteur d’une nuit amazonienne. Elles n’iront pas plus loin et se retirent doucement, laissant derrière elles le magma remonter en saccades, sauvages, incontrôlées.

L’avant bras apparaît en premier, puis le poignet et la main.

Le reste est incertain, la vue se brouille et partent les premières scories du désir, un cri, de plaisir ou de désespoir, la raison perd ses droits et sombre dans les derniers plis de lave qui se noircissent à mesure que vos paupières se referment.

On entend plus que des bruits, sensation lunaire d’apesanteur, sa main s’est retirée comme une grande marée, pourtant je la sens toujours en moi, possessive, fulgurante, quand reviendra t-elle ?

( Dessin de Chris Johanson, encre sur bois)


Par IDA - Publié dans : Soumission-Fétichisme
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Commentaires

C'est si joliment écrit. Réminiscences en appel
commentaire n° :1 posté par : Ys - le: 13/12/2009 à 18h26

que d emotion en lisant ce texte

 

commentaire n° :2 posté par : patrick le: 13/04/2010 à 15h08

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