Quelques planches de cet illustrateur de l'univers sadomasochiste. Gynarchie polychrome, vénus à la fourrure et sévices de bon goût.IDA....L'ACCOMPAGNATRICE
TOUT CE QUE VOUS AVEZ TOUJOURS VOULU SAVOIR SUR VOS
FANTASMES
SANS JAMAIS OSER LE DEMANDER
!
Quelques planches de cet illustrateur de l'univers sadomasochiste. Gynarchie polychrome, vénus à la fourrure et sévices de bon goût.Seul devant son saladier, Pierre rumine, normal, c’est de l’herbe après tout !
Il est en train de mesurer la frontière illusoire qui sépare les sexes, y compris à l’intérieur de chaque sexe. Féminin, hétéro, bi, lesbienne, Masculin, hétéro, bi, gay.
Quelle différence notable entre un gay et un bisexuel ?
Pierre plonge sa fourchette dans le saladier et poursuit sa transhumance intérieure. Se pouvait-il que ses amis aient finalement raison ! Un bi n’est qu’un gay refoulé ! Même si la phrase était jetée à l’emporte pièce, elle méritait cependant qu’on s’y attarde. Son attirance pour le sexe masculin ne cachait-elle pas simplement une erreur d’aiguillage ?
Les modèles comportementaux qui régissent la société sont à la fois simples et arbitraires. Aucune place pour la nuance, le bémol, cette petite marge personnelle qui permet de se mouvoir d’un espace sexué à un autre sans enfreindre une morale, tacite et globalisante.
Pierre rembobine ses souvenirs, traque l’indice, la faille, cette piste qui le mènerait clairement sur les traces d’une homosexualité refoulée. Il a beau retourner un à un les Gigaoctets de sa mémoire, il ne trouve rien, si ce n’est un goût prononcé pour les sorties entre copains, de là à dire qu’il était gay, une conclusion escamotée, fin de l’enquête.
Plus tard dans la soirée, il décide de retourner à la supérette dès le lendemain, espérant qu’Axel s’y trouvera bien, il tentera sa chance, pas vraiment certain que ça soit une bonne idée, pourtant, à défaut d’autre stratégie, il s’endort, contenant une furieuse envie de se masturber. Pourquoi se retenait-il ? Ne trouvant aucune explication plausible, il finit par trouver le sommeil.
Le rayon des fruits et légumes, ses tomates, quelques salades en fin de vie, un assortiment de choux fleurs et toujours pas d’Axel en vue. Pierre promène son caddie comme une âme en peine, fait une halte aux surgelés puis retourne sur ses pas. Il se trouve stupide, grotesque même, pourtant, il s’en rend compte, à aucun moment il n’éprouve un sentiment de culpabilité vis à vis de Marie. Quels mécanismes s’étaient donc enclenchés au cours de cette nuit, pour qu’il puisse envisager une relation bisexuelle sans entrevoir le spectre rédempteur de la morale conventionnelle ?
Près d’une heure s’est écoulée depuis son arrivée dans la supérette. Pierre, en désespoir de cause, attrape une pizza surgelée et se dirige vers la caisse.
- Décidément, vous êtes pire qu’un enfant, il faut vous surveiller comme le lait sur le feu !
Axel lui barre le chemin en mettant son caddie en travers de l’allée. Depuis combien de temps était-il là ? Pierre sent qu’il rougit, il ne peut l’empêcher, tout comme cette montée de désir qui s’affranchit des interdits ancestraux.
Pierre a ses habitudes dans une supérette du quartier, à quelques encablures de la place Castellane. La clientèle est variée, plutôt âgée, même si de nos jours, il devenait difficile de donner un âge à quelqu’un. Marie absente pour quelques jours, il devait se résoudre aux plats surgelés, abandonnant non sans quelques regrets, hachis Parmentier et autres préparations qu’elle maîtrisait parfaitement. La bonne bouffe comme métaphore sexuelle, Pierre y pensait lorsqu’il comparait les sensations que procuraient les deux activités. Pourtant, les similitudes avaient cet arrière goût de feint intellectualisme, pinaillage anthropique qui ne menait nulle part, si ce n’est dans un cul de sac neuronal.
Pizza surgelée ou frittes just au four, choix Cornélien qu’il était en passe d’abandonner lorsque, tenant dans chaque main le dîner potentiel, une voix grave introduisit une nouvelle possibilité.
- A votre place, je ne toucherai pas à ces saloperies ! Essayez donc une salade, vous serez en meilleure compagnie !
L’homme, fort bien de sa personne au demeurant, arrêta son caddie devant le mien, prit une pizza, la retourna et m’énuméra la liste des ingrédients. La litanie sonnait davantage comme une mise à mort programmée par les grands groupes agroalimentaires.
- Si vous voulez, je peux vous aider à choisir quelques légumes !
- Célibataire ? demanda Pierre
- Endurcit ! et vous ?
- Pour une semaine seulement !
- Considérez ma démarche comme une contribution au syndrome de l’assiette vide !
Il est pas mal du tout, se dit Pierre, un beau mec, bien dans ses pompes, pas comme moi !
Axel se penche et attrape deux tomates, un poivron, une salade de belle taille.
- Avec ça, vous avez de quoi manger ce soir !
- J’imagine qu’un pot de Häagen-Dazs est superflu !
- Essayez un sorbet, avec un doigt de vodka, ça peut aller loin !
Devait-il interpréter cette dernière remarque comme une invitation ou bien sa frustration l’emmenait-elle au delà du raisonnable. Pas vraiment certain qu’une rencontre fortuite comblerait ses abîmes fantasmatiques, Pierre serra la main d’Axel devant la supérette, le remerciant de son aide, à peine osa t-il lancer un « à bientôt » lorsqu’ils se séparèrent……
A chaque fantasme une nouvelle...
Pierre a des envies, ça le turlupine depuis des années, mais sans cesse a t-il repoussé la frontière à ne pas dépasser, refoulé des pulsions qu’il pensait, au mieux malsaines, aux pire déviantes. Alors il biaise et s’accorde quelques idées impures en contemplant l’objet du délit.
Il lutte et cependant ne peut s’empêcher d’envisager son avenir sans un coup de canif au contrat. Les clauses sont strictes et compartimentées, peu d’échappatoires, tout y est blanc, noir, voire rose, mais le nuancier reste limité. A peine se sent-il la force de transgresser la règle qu’une avalanche dogmatique lui tombe sur le râble. Il pèse le pour et le contre, ange et démon sur chacune des épaules, l’un invite, l’autre désapprouve, vas-y, éclate-toi, non, c’est un pêché !
Alors Pierre reste frustré et se contente du minimum syndical, espérant mieux, redoutant que cela n’arrive jamais. A quoi bon partager tout cela avec sa compagne, comprendrait-elle sa démarche, ce désir irrépressible ? Non, bien au contraire, se trouverait-il rapidement confronté, soit à des yeux ronds, soit à une main dressée prête à s’abattre sur son visage.
Marie est une belle plante, la quarantaine radieuse comme diraient les hebdomadaires féminins, emploi stable, coquette, facebookée, twitée, bien dans son époque et son corps. Le sexe n’est pas franchement sa priorité, la maternité encore moins, elle lui fait l’amour une fois par semaine, comme elle l’entend, lumière tamisée et missionnaire, rien de bien folichon, mais du moins consacre t-elle quelques minutes au nécessaire fonctionnement de son appareil génital.
Pierre suggère, s’y prend sans doute mal, laisse traîner un magasine, page ouverte sur un article traitant de la bisexualité masculine, fait mine de s’y intéresser, développe un discours pseudo psychanalytique mais rien n’y fait, d’une moue indéchiffrable, Marie rejette ce genre de discussion, perte de temps semble t-elle penser, perte de temps ou absurdité physiologique.
Peut-être est t-elle dans le vrai, et si tout ceci n’était qu’une pulsion dénaturée, bâtarde, un rite salasse auquel s’adonnaient de pauvres pervertis en mal de débauches, ronde paillarde autour d’un bûcher des vanités honteuses et contre nature.
Pierre ne désarme pas et discute avec des amis à la terrasse d’un café. Il lance le sujet, à la dérobée, l’air de ne pas y toucher, il lance sa ligne et le poisson mord, devrait-il plutôt dire que les piranhas attaquent. Quoi, coucher avec un mec ! Mais où t’as lu ça toi ? Ils sont bien cons ces journalistes ! T’es homo ou hétéro, point barre, les bi c’est qu’un ramassis de gays refoulés !
Il sait au moins à quoi s’en tenir, la discussion est close, n’en parlons plus.
L’occasion fait le larron, encore faut-il qu’il soit sexuellement compatible............
Episode 2 à suivre dès demain !
D’abord, il y a cette attente.
D’interminables minutes, préliminaires à tendance masochiste, on les regarde, on les juge, entre appréhension et concupiscence, l’imagination fait le reste. Elle se prépare, gestes lents et précis, une méthode, presqu’un rituel, divine comédie en un seul acte.
C’est froid.
Le premier contact, une caresse, vous prend étrangement à rebrousse poil. On les sent, à tour de rôle, elles préparent le terrain, sondent, titillent, s’immiscent, cherchent un passage, au pied du volcan.
Elles gagnent du terrain, s’enhardissent, les dernières barrières cèdent une à une, centimètre par centimètre, une incursion dans cette antre, chaude et humide, une forêt tropicale, se frayer un passage avant que la nature reprenne ses droits.
La première part en éclaireur et s’enfonce irrémédiablement dans l’obscurité, elle sait d’instinct où son chemin la mènera, droit devant, le plus loin possible, écarter les obstacles et les craintes afin que l’autre la suive, juste une foulée derrière.
Elle ressort du cratère, avant qu’il n’explose et que la lave dévale ses pentes, parcourues de secousses, comme autant de signes précurseurs d’un cataclysme annoncé et attendu.
Alors survient une fouille en règle, chaque recoin est ausculté, disséqué, sans état d’âme. Se livrer, les mains attachées dans le dos, subir leur assaut comme une joute amoureuse, elles rentrent et ressortent, exploratrices zélées de la dernière frontière, elles avancent, le poing refermé en signe de détermination, rien ne les arrêtera, pas même ce cri qui dérive dans un horizon bancal.
Les lèvres du volcan sont béantes, on distingue mal ce qui s’y passe à l’intérieur, on l’imagine. Guérilla intime, une lutte sans merci, elles pilonnent vos lignes arrières jusqu’à épuisement, loin toujours plus loin, elles reculent les barrières que vous pensiez infranchissables. On réalise alors que la route est encore longue et qu’elles peuvent pénétrer bien plus avant à l’intérieur des terres. Elles s’enfoncent, jusqu’à disparaître. Puis elles s’arrêtent, aux aguets, elles se figent dans la moiteur d’une nuit amazonienne. Elles n’iront pas plus loin et se retirent doucement, laissant derrière elles le magma remonter en saccades, sauvages, incontrôlées.
L’avant bras apparaît en premier, puis le poignet et la main.
Le reste est incertain, la vue se brouille et partent les premières scories du désir, un cri, de plaisir ou de désespoir, la raison perd ses droits et sombre dans les derniers plis de lave qui se noircissent à mesure que vos paupières se referment.
On entend plus que des bruits, sensation lunaire d’apesanteur, sa main s’est retirée comme une grande marée, pourtant je la sens toujours en moi, possessive, fulgurante, quand reviendra t-elle ?
( Dessin de Chris Johanson, encre sur bois)
Nous
connaissons tous cette maxime :
La sexualité est essentielle à la survie de l’espèce .
Mais l’irrésistible et universelle pulsion sexuelle à toujours guidée les hommes,
souvent vers des plaisirs différents.
Certains d’entre eux déchirent les ailes du temps pour y jeter l’ancre de l’espérance.
Entre réalité et rêve, absence de censure, la beauté, la jeunesse, la maturité féminine , dénudée, s’apprête à frapper le temps de ses attributs ; talons aiguilles, bottes, martinet, cravache, fouet, gode ceinture aux troncs incurvés, recouvert de préservatifs ultra résistant, très lubrifiés.
Au fil des quatre saisons, fruits, légumes, fleurs et plantes se succèdent. Le soumis choisit sa Maitresse conformément à un « type » qui l’habite au plus profond de lui, véritable « corps métaphorique » réceptacle ouvert aux fantasmes.
Fantaisie, foutaise, soumis, non si ce n’est une recherche sans retenue de plaisirs sexuels alimentée par une appétence orchestrée par l’imaginaire érotique.
Un bosquet, une fontaine, une pastorale, le soumis anal travesti son corps, dans des mises en scène infinies, il le vêt et le dévêt à sa guise, nymphette lubrique, géante cuirassée, prostituée fardée, actrice X, il se regarde dans le miroir et ne peut dissimuler un violente érection tant il se trouve beau, il rêve de l’ Award, meilleure scène anale .
Ses fesses se plaquent fiévreusement contre mon ventre sanglé d’un pénis en latex, mes mains pétrissent sa croupe, écartent son string, effleurent son sexe tendu, taquinent sa fente mouillé de désir ; je lui enfonce un doigt dans le trou du cul, douceur humide, je la pénètre avec mon phallus, oui je porte la culotte, il me désire, je fais corps avec ses pulsations, rythme le va et vient, doux, accentue le mouvement, violent, nos regards complices se croisent dans la pénombre du miroir, son buste glisse à l’horizontale, là, sur la table de cuir, ses bras enserrent le coussin, cri étouffé, puis le silence, syncope érotique.
L'époque est au vert, ça tombe bien, en période de crise, c'est la couleur de l'espoir.
Dans ce jeu de rôle planétaire, qui tire les ficelles de cette pauvre marionnette écologique ?
Durable, le mot est donné en pâture, à l'envie, sur les ondes, dans la presse écrite, à la télévision. La toile est plombée par des publicités ou articles ventant le développement durable.
Je cherche dans un dictionnaire.
Durable : « qui peut durer très longtemps »
Développement : « progrès, expansion, rayonnement d'une activité »
Le développement durable est donc une expansion économique et sociale qui pourrait durer longtemps.
Lorsque Thanatos nous tient par les couilles, l'idée de durabilité devient toute relative. La mort n'est pas un concept mais une réalité, la vie des hommes est courte, la durabilité n'est donc pas une valeur humaine. Œuvrons pour les générations futures, certes. La bonne conscience voudrait que nos enfants trouvent une planète viable, mais là encore, je bute sur le mot vie. L'immortalité serait donc ailleurs, mais où ? Le soleil, les océans, l'univers, l'oxygène ? Non, malheureusement non. Tout à une fin, même cette sensation de chaleur lorsque nous sommes étendus sur une plage en été.
Quelque chose sonne faux dans tout ça.
Est-ce la façon dont on nous le vend, ou le simple fait que le développement économique ne peut se réaliser dans la durée mais dans des crises de croissance aussi brutales qu'injustes.
Si j'ai bien tout compris, le « DD » pose ses fondements sur trois piliers. L'économie, l'écologie et le social .
Lorsque l'écologie et le social on besoin de temps pour s'installer durablement, l'économie ; elle, se nourrit de bulles spéculatives qui éclatent dès lors qu'il n'y a plus d'argent à en tirer. Le financier joue le court terme, le politique pense le social à moyen terme, l'écolo le très long terme. Comment mettre tout le mode d'accord ?
Un bon coup de fouet mettrait un peu d'ordre dans tout ceci !
Cependant, même si le monde marche à la baguette, il ne s'agit en aucun cas de la mienne, je parle de ce petit accessoire qui procure une certaine dose de plaisir et de souffrance. C'est un peu la théorie de la carotte et du bâton, nous sommes contraints d'avancer, sachant que le moindre faux pas sera réprimandé, un rappel à l'ordre de la banque, une relance de France télécom...
Poussé à l'extrême du principe de l'érotisme, le développement durable prendrait la forme d'une créature de rêve qui relèverait de quelques centimètres sa jupe, on devine, on entrevoit mais on ne comprend pas toute la dimension de ce qui nous est offert.
Les enjeux sont énormes. La machine économique est en rade, un navire qui prend l'eau, menacé par la moindre houle venue du large. Nous sommes tous sur ce même bateau, arche de Noé ou radeau de la méduse ?
Alors je me pose des questions, sans réponses.
Je me demande si l'on ne devrait pas introduire dans le développement durable une part de désir, quelque chose de charnel, cette petite étincelle intime qui nous ferait penser, oui, c'est comme ça que l'on devrait faire !
Se dire que les générations futures pourront encore faire l'amour dans un pré, sous un arbre, au bord de l'eau, sous un ciel étoilé. Se dire encore qu'un modèle économique, quel qu'il soit, puisse profiter à tout le monde et non pas un petit groupe de spéculateurs mortifères, avides, cupides, indifférents, autophages.
Je rêve, bien sûr, mais un ami qui m'est cher, ne cesse de me répéter que la cause n'est pas désespérée et qu'il faut se battre.
Je domine bien mon sujet ! Si seulement les problèmes de la planète pouvaient se résoudre d'un coup de baguette !
En attendant, ne prenons pas des vessies pour des lanternes. La lumière, qu'elle provienne d'une bougie ou d'une centrale nucléaire porte au grand jour notre incapacité à choisir. Entre le " avant tout était mieux" et le " demain sera fantastique" il y a une marge, je parle de nos vies, ballottées entre les deux poles d'un aimant, complémentaires et antagonistes.
Et si le secret se trouvait dans la pondération et non dans cette bulle médiatique qui finira bien par exploser un jour ou l'autre !
Pour approfondir le sujet:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Developpement_durable
http://www.canalacademie.com/Jacques-de-Larosiere-Developpement.html
Chaque artiste joue de ses pulsions et fantasmes, de ses tourments, de ses sensations, source d'un espace réinventé, rêvé, pour nous laisser entrevoir son « Jardin des délices"
Remontons le temps, un siècle à peine, le coup de crayon sismographique d'Egon Schiele a déchainé les passions mais aussi la colère.
Il fut contraint de gouter à la prison pour outrage aux bonnes mœurs et réalisation artistique de dessins licencieux.
Ces dessins furent brulés.
Son gout affirmé pour les positions excentriques du corps, les positions non conventionnelles de ses « nues » son plein feu sur les jambes, avec ou sans bas, immisce l'imaginaire dans le monde périlleux de sa peinture .
Peut-être à t-il croqué , puis peint les sublimes jambes de Mylène.
Silence.
Mylène ne nous dira rien d'autre que :
Et je reprends mon amour
Redeviens les contours
De mon seul maître : Egon Schiele
Il y a cette vieille connaissance qui habitait jadis Mazan. Un homme, marquis de son état, son fantôme rôde encore dans les ruelles qui mènent à la petite place entourée de platanes. Je l'ai souvent croisé pendant toutes ces années, présence diaphane d'un souvenir, mémoire collective de la transgression et du rite qui l'accompagne. Peut-être descendit-il les coteaux caillouteux de Chateauneuf du Pape, galets ocres rougissant au soleil, la terre ne ment pas ici, tout se mérite, même le vin. Le Mont Ventoux, tête chauve et coulées végétales qui redescendent en boucles jusqu'à la plaine. J'imagine le marquis arpentant ses forêts, un bout de bois en guise de cane, cherchant quel autre usage il pourrait lui donner dans d'autres circonstances.
Il en va de ces noms de villages comme autant d'hymne à l'ivresse, la belle, la véritable sensation de communier avec cette terre d'où je tire mes racines. Sablet, Seguret, Rasteau, Gigondas, Beaumes de Venise, le Vaucluse se berce d'appellations contrôlées par le divin Bacchus. Il lève rageusement sa coupe tout en haut des dentelles de Montmirail et contemple son travail, « Dites-moi Marquis, ne trouvez-vous pas mon œuvre sublime ! »
A l'heure où les floraisons musicales vont étendre leurs cortèges entre les ceps noueux de la vallée, juste avant que ne retentissent les premières vocalises des chorégies, et que les troupes n'envahissent les rues d'Avignon dans un joyeux tintamarre, je prends le temps d'apprécier tout ceci, je veux dire cette région que j'aime tant, son passé, le mien , le notre et les quelques rares endroits que je ne connais pas encore.
Roussillon, j'y reviens toujours, pieds nus dans le sable ocre, traversant ce décors de western, une halte devant ce fameux rocher phallique, un pied de nez au puritanisme, oui, même la nature y pense, malgré elle.
J'ai en tête mille couleurs, autant de parfums, celui de la lavande, bien sûr, Sault et ses vagues bleues qui dansent au fond de la vallée. Et lorsque, tout en haut du Ventoux, je plonge mon regard dans cette immensité offerte, le Marquis me chuchote à l'oreille, « Très chère, sommes-nous bien peu de choses face à ce chaos merveilleux ! »
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