Samedi 13 mars 2010 6 13 /03 /2010 09:44

Réflexions et autres aphorismes grinçants…4

 

 

 

La croix de Saint André est en forme de X principalement pour signaler qu’elle est interdite au moins de dix huit ans.

 

Je rêve de vous Maîtresse !

Quel cauchemar, répond-elle.

 

Baudrillard avait raison lorsqu’il disait :

On n’est plus dans un rapport de forces entre deux systèmes, mais dans une sorte de compétition négative à qui fera main basse le premier sur ses propres valeurs pour les liquider, c’est une course à la liquidation.

Je fais mienne cette citation et la transpose aux relations sadomasochistes dans la sphère sociale.

 

Internet a révolutionné le fétichisme. On n’embrasse plus un talon aiguille, on clique dessus. On perd en sensations ce que l’on gagne en diversité.

 

 

Un poney boy est un homme cheval. Un travesti, une femme en moins bien.

 

Le sadomasochisme intègre inconsciemment les doctrines capitalistes et marxistes. Le fouet symbolise la coercition du patronat et l’apparent égalitarisme social du fantasme l’idéal prolétarien Chinois. Aujourd’hui ces deux notions se conjuguent dans le libéralisme économique.

 

Il m’arrive de me demander, en tant que portier, de quel côté de la grille je me situe. Si je suis bien à l’intérieur et l’autre à l’extérieur, il n’en est pas moins vrai que je me trouve à l’extérieur de son territoire et lui à l’intérieur du sien. La notion de territorialité est subjective, sa pratique totalement intuitive.

 

Une poignée de main en dit plus sur une personnalité qu’une analyse chez un psychiatre. La faculté de médecine me répondra qu’un portier  ne connaît rien aux fondamentaux thérapeutiques. Evidemment, je n’ai pas de divan au portail, ce qui m’exclue définitivement du syndicat de la literie curative.

 

Un bon aphorisme s’oublie aussi vite qu’il s’écrit.

 

La perversion est le saint Graal d’un SMiste.

L’abstinence, son chemin de croix.
Par IDA - Publié dans : Inédits
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /2010 08:48

Réflexions et autres aphorismes grinçants…3

 

 

 

La domination n’est en aucun cas de la prostitution.

Une prostituée vend son corps, une dominatrice sa matière grise.

Partant de ce principe physiologique de base et il ne fait aucun doute que chacun vend une partie de lui-même, plus ou moins cher et plus ou moins bien.

 

 

Le sado masochisme est une aberration sémantique. Sadisme et masochisme sont deux pathologies mentales avérées. Dans son acceptation courante, le SM n’est rien d’autre qu’un jeu de rôles entre adultes consentants sponsorisé par Leroy Merlin.

 

La maîtresse a un soumis bondagé : Je m’absente quelques minutes, surtout ne bouge pas !

 

Lorsqu’un portier rencontre un autre portier, ils ne se parlent pas, ils comparent leur trousseau de clés.

 

 

La zoophilie est un crime contre l’animalité.

 

 

Lorsque Maîtresse a du mal à s’endormir, elle compte les soumis.

 


Un soumis ne ment jamais à sa Maîtresse. Il la flatte !

 

 

Las, un dominateur dit à sa soumise :

- Que vais-je faire de toi ?

Elle répond :

- Punissez-moi Maître , je ne vous mérite pas !

- C’est bien toi, tu ne penses qu’à t’amuser !

 

Quelle différence y a-t-il entre un fétichiste du latex est une dominatrice ?

L’un rêve de la voir enfiler sa tenue, l’autre ne pense qu’à l’enlever.

 

Le fantasme de la maîtresse d’école a ce doux parfum de craie et de tableau noir.

Par IDA - Publié dans : Inédits
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Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /2010 12:21

Je peux me garer dans le jardin ?



Une voiture qui se gare le long du grillage, un bruit de portière qui claque. Sa tonalité me renseigne sans même la voir sur la nature du véhicule. Il m’arrive quelques fois de reconnaître une personne au cliquetis particulier de son moteur.

Tous ses petits détails mécaniques ont leur importance, croyez-moi. Avec le temps, je connais tous les modèles, chacune des options, les défauts et les qualités de telle ou telle marque. Les Jeep ont un problème récurrent de fuite, les japonaises souffrent d’un trop long délai d’attente pour les pièces détachées, les 4x4 Mercedes consomment davantage que les BMW.

En règle générale, plus la voiture d’un client est chère, et plus il faut le caresser dans le sens du poil. Son engin est un signe extérieur de pouvoir, tant pis s’il contribue à ronger la couche d’ozone, il en est fier, un peu c’est tout, peu écologique mais compréhensible.

A l’inverse, lorsque leur véhicule est un misérable char à voile qui prend l’eau de toute part, mieux vaut parler de la pluie et du beau temps, des impôts, de la vie chère, bref de tout sauf de leur moyen de locomotion.

 

 

L’expérience m’a également enseigné cet instinct animal, un flair, un sixième sens, la capacité de pouvoir sentir la gène, l’angoisse, la honte ou la concupiscence qui transpire malgré eux, lors de leur première visite, par tous les pores de leur peau.

Une poignée de main, un regard, un sourire, c’est bien peu pour se faire une idée de la personnalité que j’ai en face de moi, et pourtant, les années passant, j’ai appris à connaître presque à coup sûr le fantasme qui motive leur venue et nécessitera un long entretien préparatoire.


« Montre moi ta voiture et je te dirai quel est ton fantasme ! »

Bien qu’il s’agisse là d’un raccourci volontaire, et certes bien commode, il n’en reste pas moins vrai que l’automobile, comme symbole érotique, demeure un maître étalon, un puissant auto-aphrodisiaque.

Vous pouvez apprendre bien des choses sur une personne en passant en revue son véhicule. Une foule de renseignements précieux s’y cachent, il suffit d’un peu d’expérience et d’intuition.

 

 

Tout d’abord, la plaque minéralogique, toutes celles qui ne sont pas du 84 méritent qu’on s’y attarde, et peuvent, le cas échéant, devenir un bon moyen d’engager la conversation.

« 21, c’est quel département au fait ? »

Mais à quoi bon chercher la petite bête, me direz-vous ?

Tout simplement parce que sans un soupçon de psychologie, cette rencontre, aussi courte soit-elle, peut rapidement devenir un chemin de croix, pour lui, comme pour moi.

 

 

Bien qu’ils s’en défendent tous, leur voiture leur ressemble comme deux gouttes d’eau. Flambant neuf ou vieille carne bonne pour la casse, SUV ou GTI dernier modèle, ils s’identifient tous au bout de ferraille qui les trimbale.

La technique est simple, et je l’ai affinée au fil des années. Disserter systématiquement à propos d’un véhicule qui sort du concessionnaire, encore immatriculé en ww , et vous aurez toutes les chances d’avoir un inventaire exhaustif des options que le client a choisi.

« Tiens ! vous avez changer de voiture . »

« Quelle marque ? »

« Elle est magnifique , c’est une Italienne ? »

« C’est la nouvelle caisse ? »

« La calandre a une sacrée gueule »

Flattez le mais sans trop. Gardez-vous de toute surenchère dithyrambique, elle serait prise soit pour une emphase injustifiée, soit une demande à peine déguisée d’en prendre le volant. Je n’ai que peu d’intérêt pour les voitures et leurs performances, tout juste la préoccupation que la nôtre soit en état de marche !

 

La façon dont ils se garent, me renseigne aussi sur leur capacité à communiquer avec moi. S’ils la rangent négligemment  devant le grillage, je sais qu’ils ne craignent pas d’être reconnu où qu’ils ne sont pas du coin.

Lorsqu’ils prennent soin de se garer à quelques dizaines de mètres de notre villa, je sais que la parano n’est pas loin.

 

« Comme ça, il ne verra pas ma plaque… »

« Il ne pourra regarder à l’intérieur.. »

 

A la question «  Est-ce un endroit discret ? », j’ai toujours envie de leur répondre, « Non, du tout, il y a une grande enseigne ,Fetish, qui clignote jour et nuit, sur le bord de la route ! »

Maurice, quant à lui, est philosophe.

« Si ma femme repère la voiture devant chez vous, il ne me restera plus qu’à lui expliquer ,qu’après tout, c’est à cause d’elle si je viens ici ! »

« Vous n’en avez jamais parler tous les deux ? »

«  Tu parles ! Elle ne sait même pas ce qu’est un porte-jarretelles, alors tu penses, lui dire que j’aime me féminiser !! »

Maurice me fait beaucoup rire. C’est le seul client qui demande à Ida que son secrétaire le tienne informé de l’évolution d’un match de football lorsqu’il ne peut faire autrement que de venir pendant une rencontre de l’Olympique de Marseille.

« Un à zéro ! » lui dit-elle en raccrochant le téléphone, alors qu’il est entrain d’enfiler un bas.

« Super ! tu m’aides à choisir une robe maintenant ? »

 

Dans le défilé incessant des plaques minéralogiques qui entrent et sortent du royaume, les étrangères occupent une place de choix. A ce sujet, au risque de paraître partial et définitif, je suis obligé de faire une classification, personnelle, j’en conviens. Les Anglais sont discrets, les Allemands carrés, les Suisses neutres, les Italiens extravertis , les Belges fidèles , les Américains pressés, les maghrébins, quand à eux, sont des hôtes courtois et respectueux, les ligues de tous pays n’ont qu’à s’en faire une raison !

Par IDA - Publié dans : Inédits
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Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /2010 13:48

Réflexions et autres aphorismes grinçants…2

 

 

 

Les talons aiguilles habillent si délicieusement une cheville qu’il serait dommage de penser à leur incommodité.

 

 

Une femme autoritaire ne demande jamais, elle exige, c’est pour cela qu’elle déteste se répéter, l’écho de sa voix l’ennuie.

 

 

Parler à un portail n’a rien d’étrange, certains s’allongent bien sur un divan  et soliloquent pendant une heure en fixant le plafond.

 

La psychanalyse est souvent refléxive et se contente de poser des questions sans jamais y répondre. J’ai un fantasme de soumission docteur…. Parlez-moi de vos parents, étaient-ils autoritaires ?

 

Une cravache n’est pas qu’un instrument du fantasme, il peut aussi servir de cale porte les jours de vent.

 

Dentelles et bas résilles sont les deux mamelles de l’érotisme populaire.

 

Certains pensent que les pratiques sado masochistes sont réservées à une élite, c’est vrai qu’il faut pouvoir construire une phrase, sujet verbe complément, sans se tromper.

 

Le bondage est paradoxal, plus on est ficelé, plus la sensation de liberté devient intense. Cela n’étant vrai que dans les jeux SM s’entend et pas dans les geôles Birmanes.

 

Je déteste les soirées en club, je n’ai même pas à ouvrir les portes, je m’y ennuie atrocement !

 

Je ne sors jamais sans mes clés, j’ai l’impression de me balader à poil.
Par IDA - Publié dans : Inédits
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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /2010 13:10

Réflexions et autres aphorismes grinçants…1

                  

 

 

La domination n’est pas un métier d’avenir, c’est un reliquat du passé.

 

 

Le sado masochisme est un cautère sur une jambe de cuir.

 

Un fantasme peut en cacher un autre, à quoi bon tous les déterrer.

 

Un soumis se contente d’imposer poliment un fantasme et de le subir en refusant toute transgression, de là à dire qu’il se complaît dans la norme, il n’y a qu’un pas que je franchis servilement.

 

La fessée à main nue est à la fantaisie érotique ce que le jambon beurre est à la restauration rapide.

 

Un portier ne se contente pas d’ouvrir une porte, il la referme quelques fois définitivement.

 

Fidèle serviteur, c’est un pléonasme, non ?

 

Personne ne le sait, mais BDSM est l’abréviation de « Bon d’accord, soyez malveillante ».  

 

Un gode ceinture ne débande jamais, c’est pour cette raison que la femme phallique dort toujours sur le dos.

 

Un esclave n’ouvre jamais la bouche, peut-être n’a-t-il rien d’intéressant à dire.

 

Le fétichisme est une compulsion fantasmatique, pas du tout, Dieu existerait et certains le portent en croix autour du cou. Toute apparition serait la bienvenue pour infirmer la phrase précédente !

Par IDA - Publié dans : Inédits
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Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /2010 11:03

Un CV SVP

 

 

A la question : « quelle profession exercez-vous ? » , je me retrouve invariablement dans une merde noire. Lorsque vous avez en face de vous un ahuri qui pose ce genre de question, soit pour engager la conversation, soit qu’il ait besoin d’une réponse pour je ne sais quelle raison, j’improvise à la volée.

Pourquoi ? Tout simplement parce que mon activité n’est pas encore répertoriée dans les codes APE et ne se glisse dans aucun moule social identifiable .

Bienvenue à UFO land !

C’est ainsi qu’au fil des années, j’ai été tour à tour, infirmier, garde malade, musicien, homme au foyer, arrangeur, compositeur, portier, chauffeur, écrivain.

A chacun sa réponse.

Peu importe la profession avancée ,du moment que l’on soit crédible en répondant.

 

 

Un psy m’avait un jour conseillé de me confronter à l’autre, exposer mon moi, exploser mon ego, désintégrer ce jeu de rôle dont je m’entourais en permanence. La seule ordonnance que je lui demandais à la fin de la séance, était une boite d’aspirine, ainsi que l’adresse d’un bon ostéopathe. Ce vieux hibou m’avait fichu un affreux mal de crâne et son canapé un infâme torticolis.

 

Mais revenons à nos moutons. Je suis la première personne qu’ils voient et la dernière aussi. J’arbore un joli sourire ou bien une mine de circonstance. Je sais qu’ils sont gênés, pour la plupart, de se confronter à un homme dans un moment aussi personnel, question d’hormones sans doute.

Mon épouse, l’amour de ma vie, est coach, dominatrice, écrivain, et je suis son fidèle assistant tant qu’un client vient sonner au portail, après, une fois la nuit tombée, je redeviens celui que je n’ai jamais cessé d’être à ses yeux, son mari , celui qui se love contre elle et s’endort dans l’écume rousse de sa chevelure.

 

« Tu dois avoir des centaines d’histoires croustillantes à raconter !! » me demanda un jour un de nos amis.

Oui et non.

La diversité des fantasmes est aussi réduite que le comportement de ceux qui veulent les vivre. La différence, l’anomalie savoureuse, se décline dans un subtil dégradé de gaucherie ou d’insouciance, de réflexions et de mimiques singulières.

En quelques années, j’ai vu défiler le cortège des adorateurs, j’étais aux premières loges du bal des anxieux , j’ai entendu la sérénade des esseulés.

 

C’est fou ce qu’un portail peut vous apprendre sur la nature humaine. Certains penseront que je suis  maniaco-dépressif, mais avec le temps, j’ai tissé une relation bien particulière avec lui, je lui parle et il me répond. Il ne s’appelle pas, il est.

Sensible aux humeurs du temps, tout comme mes tempes se blanchissent ,sa peau prend une teinte rouille qui lui va si bien. Il grince un peu, c’est vrai, mais que dire de mes articulations qui se grippent dès que les premiers froids arrivent.

Par IDA - Publié dans : Inédits
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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /2010 15:57

Jeu de clés !

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le grand type au portail, mon époux, écrivain à ses heures !

Un récit intimiste où se mêlent humour décalé et réalisme sans fard.

 

Chapitre Un

Géométrie et points de repère

 

 

Je compte.

Cinquante pas jusqu’au portail.

Je marche.

Cinquante autres mènent à l’entrée du donjon.

Je marche encore.

Ajoutez les quarante derniers nécessaires pour regagner le bureau et vous obtiendrez la mesure exacte qui me sépare d’un monde à l’autre, celui de l’attente et de son frère siamois, le fantasme.

Je m’assois et j’attends.

La symétrie de ma vie suit le parcours de mes pas, jour après jour, existe-t-il quelque chose en dehors de cela, là bas, juste derrière le grillage ? Je passe et repasse sur mes traces, aucune marée ne viendra les effacer.

La foulée comme maître étalon, en lieu et place du mètre, cela n’a rien d’étrange, du moins pour celui qui apprend à marcher sur le fil des fantasmes, leurs fantasmes. Les miens sont enfouis quelque part dans ce jardin, ou ailleurs, y a-t-il un ailleurs ?

Je m’arrête.

Je suis le gardien d’une contrée imaginaire. J’en possède les clés et la connais dans ses moindres recoins. Pourtant je ne sais pas ce qui s’y passe. Je l’ai longtemps imaginé, senti, entendu mais jamais il ne s’est offert à moi. Peut-être est-ce mieux ainsi, sans doute, je n’en sais rien à vrai dire. Ainsi soit-je, ainsi soit-tu, ainsi soit-il ! Mylène rôde, reste encore un peu avec moi belle amazone.

Un portail en guise de rideau rouge, c’est déjà mieux que rien me direz-vous. Je ne sais pas comment il s’appelle, ni même s’il a un nom, je sais qu’il est là, encadré par deux dauphins en pierre qui montent le gué sur chacun des piliers. La rouille parchemine sa peau et lui donne des allures de léopard esseulé, triste camouflage qui ne masque pas le désintérêt dont je lui ai fait preuve pendant toutes ces années. Pourtant que serais-je sans lui, ne suis-je pas sensé l’ouvrir aux clients ? S’il n’était pas là, quelle pourrait bien être ma fonction ? Je ne servirais à rien, ils n’auraient qu’à entrer et sortir sans se soucier de ma présence. Je n’existe qu’à travers lui, nos destins sont liés, nous partageons les mêmes vexations, subissons les assauts d’un climat sans pitié qui aura sans doute raison de nos corps fatigués par l’attente humide et lancinante.

La représentation commence avec le premier tour de clés dans la serrure. Elle grince. Le second un peu moins et soudain le battant s’ouvre et la pièce peut commencer.

Premier Acte, sourire et lancer un «  bonjour » calibré selon la mine de l’auditoire. Apprendre à oublier qui l’on est.

Second Acte, s’effacer du passage et l’inviter à entrer, refermer le portail et se mettre à marcher, pas n’importe comment, savoir ajuster sa foulée sur la sienne, sa voix sur la sienne, occuper l’espace comme il peut s’en emparer ; une sorte d’empathie gestuelle, une hypnose déambulatoire. Qui des deux suit l’autre ? Je me le demande quelques fois, sans doute trouverait-il son chemin, sans moi, comme un saumon fraye, génétiquement, absurde migration vers la mort.

Troisième Acte, réussir à placer un mot, une phrase, plus ou moins banale, faire attention à articuler, sans quoi mon public ne comprendra rien et se sentira un peu plus mal à l’aise. Utiliser des mots simples, réduire son vocabulaire comme on réduit sa voilure en cas de gros temps, savoir d’instinct quelle est sa place, profil bas.

Quatrième Acte, sans doute le plus facile, descendre les quelques marches qui mènent à la porte magique, l’ouvrir, lui indiquer un fauteuil de cuir noir, glisser un «  je la préviens de votre arrivée » et m’en aller, discrètement, à pas feutrés. Etre présent tout en demeurant transparent, invisible, savoir se faire oublier dès que la porte est refermée. Elle efface toute trace de mon passage. Je suis celui dont on ne se souvient jamais du nom, bonjour ..heu…ça va ? Oui, ça va, du moins ça allait juste avant que tu arrives.

Les saisons défilent, les costumes changent. Seul le décor demeure intact, insensible aux humeurs du temps.

Fièrement dressé près de l’entrée, le grand pin provençal, abri de fortune, les jours de pluie ou de chaleur écrasante, semble donner la mesure de l’intemporalité qui règne en ces murs.

Je prends racine.

Peu importe la fonction qu’il est utile d’invoquer dans telle ou telle circonstance. Je suis le portier, le mec à l’entrée, le grand type aux lunettes noires, Olivier, tartempion, X ou Y . Je suis le gardien du portail.

Mon royaume est fait de graviers et d’herbes folles, de quelques marches capricieuses et d’un trousseau de clés au fond de ma poche.

Que donneraient-ils pour être à ma place, une minute, une heure, une journée, une vie entière. Les paris sont ouverts, mais je ne miserais pas un Kopeck sur mon numéro.
Par IDA - Publié dans : Inédits
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Samedi 27 février 2010 6 27 /02 /2010 07:37
Combien de fois n'ais-je entendu cette phrase à la fin d'une séance !
Ne rêvons pas, la tendance serait plutôt au déremboursement et la prise en charge d'une thérapie Bdsm n'est pas pour demain ! Pourtant, face aux mécanismes sado-masochistes d'une société où la loi du plus fort est érigée en maître étalon, les plus faibles y trouvent matière à se surpasser et les puissants abandonnent le temps d'une séance leurs prérogatives sociales et hiérarchiques, un sas de décompression, pour les uns, un brainstorming pour les autres.
Evacuée toute notion de sexe, puisqu'une dominatrice ne se touche que du regard, une nouvelle cartographie intérieure se fait jour. La douleur et le plaisir changent de polarité, c'est ainsi qu'une souffrance pourra naître d'une absence de douleur.
Evidemment, les clichés persistent, ils ont la peau dure et les dents longues. Certains ne voient dans ces pratiques qu'une perversion, malsaine, tordue et relevant de la psychiatrie ! C'est bien mal connaître cet univers que l'on situe trop facilement du côté d'épinal, vous savez, ces images fourre tout, consensuelles et vides de sens.
Le SM n'est en réalité qu'une théatralisation des failles qui font leur lit dans les inégalités, qu'elles soient sociales, physiques ou psychiques. La représentation de la " fouetteuse", cliché si souvent utilisé pour illustrer le métier de dominatrice, est non seulement une insulte mais aussi et surtout une ignorance flagrante des mécanismes à l'oeuvre lors d'une séance.  Les mots sont bien plus efficaces que n'importe quel accessoire, encore faut-il s'en servir à bon escient ! C'est pour cette raison que j'entretiens une relation "émailstolaire" avec un grand nombre de clients, les liens ne se rompent pas, quand bien même leurs visites sont espacées dans le temps.
Oublions donc les phrases toutes faites et concentrons-nous sur les véritables enjeux d'une connaissance appronfondie du corps et des limites que peut envisager l'esprit humain. En parlant de nouvelles frontières, le SM renvoie google maps aux parchemins d'antan, reléguant du même coup le gps au musée d'histoire ancienne. Le " patient" SM est un explorateur, la dominatrice un guide chevronné, ensemble ils découvrent de nouveaux territoires, un monde intérieur éclairant d'un jour nouveau le quotidien et ses contraintes.
Le sadomasochisme reste de toute façon une appellation stupide et réductrice. Dans nos pratiques, point de sadiques ni de masochistes, seulement des êtres en quète de liberté et d'épanouissement personnel.
Par IDA - Publié dans : Société
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Vendredi 26 février 2010 5 26 /02 /2010 19:53
Vu sur www.rue89.com

Felix Ruckert, animateur du stage «  BDSM, l'art de jouer » est un chorégraphe allemand qui utilise les outils du BDSM (bondage et discipline, domination et soumission, sadomasochisme) dans la danse depuis une quinzaine d'années. Le corps et ses mouvements constituent son terrain d'exploration. Danser avec des contraintes aussi.

En commençant à concevoir des stages pour apprendre à « jouer le BDSM », il élargit sa démarche de danseur à une population différente et vise trois objectifs :

  • Permettre aux adultes de s'amuser, construire un espace, un cadre, dans lequel les grands enfants que nous sommes pourraient « se lâcher ». Et où les explorateurs en puissance qui sommeillent dans ce qui reste d'adolescence en nous pourraient découvrir de nouvelles facettes d'eux-mêmes et des autres.
  • Mieux connaître notre corps et le corps de l'autre, mieux se comprendre, revisiter les limites entre plaisirs et souffrances, tant sur un plan philosophique que somatique.
  • Amener les gens à prendre une maîtrise sur des enjeux politiques qui dominent nos vies. La domination existe socialement partout et pouvoir, y compris dans un espace restreint, en prendre conscience, en jouer, l'utiliser à bon escient n'est pas fréquent.

Souvent, explique Felix, les personnes socialement soumises (ou trop soumises à leur goût que ce soit à un chef abusif ou autre) apprécient de pouvoir « enfin » dominer quelque chose de sa vie. Inversement, les personnes qui ont des hautes responsabilités savourent les moments d'abandon entre les mains d'un dominant éventuellement sadique mais bien intentionné.

Toucher féminin, toucher masculin sont impossibles à distinguer

Les stages ne se ressemblent pas tous mais ils ont en commun que chacun peut aller jusqu'où il le souhaite et s'arrêter à tout moment (si la plupart des témoignages de stagiaires sont très positifs, l'un d'entre eux n'est pas resté jusqu'au bout -peut-être effectivement pour éviter les embouteillages, mais peut-être pas).

Les stages ont en commun d'explorer les questions de genre et le rapport au corps. Ainsi, Felix Ruckert expliquait qu'il était nécessaire que les personnes présentes assument une part minimale d'homosexualité, les exercices pouvant avoir lieu indifféremment entre hommes, entre femmes ou en couple mixte.

Notre animateur, lors d'un autre stage, avait proposé une expérience intéressante sur la question. Il avait demandé à six personnes de rester assises les yeux bandés (donc d'être « passives ») tandis que six autres (les « personnes actives ») viendraient les toucher.

Les personnes qui avaient les yeux bandés devaient mémoriser qui les avait touchées et combien de fois.
En fait, les personnes actives avaient été réparties à raison d'une seule par personne passive, et devaient effectuer les « touchers féminins » et des « touchers masculins ».

Les personnes passives se sont toutes laissées prendre, puisque aucune n'a pensé avoir été touchée par une seule personne, et toutes ont dit des choses farfelues comme « il y a d'abord eu deux hommes, puis une femme »…

Des exercice plus dansés, parfois de vraies expériences sensorielles

Ça laisse songeur sur tous ces hommes ou toutes ces femmes qui ne supportent pas d'être touchés par quelqu'un du même sexe qu'eux (nonobstant la question du désir). Suite à ces exercices, un participant avoue « avoir gagné en tolérance », notamment sur ce qu'il qualifie de « bi-sensualité ».

Pour autant, dans l'ensemble, le stage était très technique, et s'intéressait surtout au rapport au corps mais certains sont plus axés sur les jeux de domination/soumission… ou d'autres sont plus dansés, et d'ailleurs certaines de ses chorégraphies emmenaient les spectateurs dans de vraies expériences sensorielles

D'où probablement une confusion chez plusieurs stagiaires. L'une d'elles témoigne :

« Croyant participer à un stage de danse, j'ai revu l'intitulé, pour qualifier ces trois jours de pur bonheur en stage d'expression corporelle (pour ma mère et mes collègues) ou stage de sport extrême (pour celui qui m'a vu nue ensuite). »

Une expérience à la frontière donc, comme Felix Ruckert les affectionne et comme il en propose régulièrement chez lui à Berlin
au travers d'ateliers qu'il anime ou qu'il héberge. Une frontière où le corps, la danse, la sexualité, le jeu le rapport aux autres prennent place dans un tout.

 

Par IDA - Publié dans : Société
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Vendredi 26 février 2010 5 26 /02 /2010 13:22
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Par IDA - Publié dans : Art
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